La bataille d'Uḥud · An 3 de l'hégire — Shawwāl · L'épreuve qui purifie
Un an après Badr, Quraysh revint à la charge avec 3 000 hommes pour venger ses morts. Le Prophète ﷺ sortit avec 1 000 hommes ; les hypocrites menés par ʿAbdullāh ibn Ubayy se retirèrent avec 300, le laissant à 700. Au pied du mont Uḥud, la victoire d'abord obtenue se renversa par la désobéissance des archers ; Khālid ibn al-Walīd — alors polythéiste — frappa par derrière. L'oncle Ḥamza tomba en martyr, le Prophète ﷺ fut blessé au visage et son incisive cassée, soixante-dix Compagnons offrirent leur âme. Le lendemain, malgré les blessures, vint Ḥamrā al-Asad — pour rappeler à l'ennemi que les croyants n'étaient pas brisés.
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Allah dit : « Lorsqu'un malheur vous a frappés — alors que vous en aviez infligé le double — vous avez dit : "D'où cela vient-il ?" Dis : "Cela vient de vous-mêmes." »
Source : Coran, sourate Āl ʿImrān (3), verset 165
Au samedi 7 Shawwāl de l'an 3 H, Quraysh quitta Makka avec 3 000 hommes — dont 700 cuirassiers et 200 cavaliers — sous le commandement d'Abū Sufyān, accompagnés des femmes pour stimuler les guerriers. Ils campèrent à Baṭn as-Sabkha, près du mont Uḥud, au nord de Madīna. Le Prophète ﷺ, après concertation avec ses Compagnons, sortit à la tête de 1 000 hommes. En route, ʿAbdullāh ibn Ubayy, chef des hypocrites, fit demi-tour avec environ 300 hommes sous prétexte que son avis n'avait pas été suivi. Le Messager d'Allah ﷺ continua avec 700 Compagnons, dont 100 cuirassés, sans cavalerie. Il plaça 50 archers sur Jabal ar-Rumāt — la colline des archers — sous le commandement de ʿAbdullāh ibn Jubayr, avec une instruction absolue : ne pas quitter leur poste, qu'on remporte ou qu'on perde la victoire. Khālid ibn al-Walīd, encore polythéiste, dirigeait l'aile droite de la cavalerie qurayshite ; ʿIkrima ibn Abī Jahl la gauche.
Le bénéfice annuel des caravanes qurayshites menacées par les musulmans avait été affecté à la préparation d'une grande revanche. Trois mille hommes furent levés ; les femmes — Hind bint ʿUtba à leur tête — furent emmenées pour exalter le courage. L'armée campa à Uḥud le vendredi 6 Shawwāl. Le Prophète ﷺ avait d'abord penché pour rester fortifié dans Madīna, conformément à un rêve où il avait vu des vaches égorgées et une brèche dans son sabre, mais les jeunes Compagnons n'ayant pas combattu à Badr le pressèrent de sortir. Il accepta — et leur dit ensuite : « Il ne convient pas à un Prophète, ayant revêtu sa cuirasse, de la déposer avant qu'Allah n'ait jugé entre lui et son ennemi. »
En route vers Uḥud, à un endroit nommé ash-Shawṭ, ʿAbdullāh ibn Ubayy — chef des hypocrites — fit demi-tour avec environ 300 hommes (un tiers de l'armée) en disant : « Il nous a obéi à eux et m'a désobéi à moi. » Le Prophète ﷺ continua avec 700 hommes. Il plaça 50 archers d'élite sur Jabal ar-Rumāt sous ʿAbdullāh ibn Jubayr, avec un ordre catégorique : « Ne quittez pas votre poste, même si vous nous voyez emportés par les oiseaux ; même si vous nous voyez vaincre, ne descendez pas. »
Le combat commença par des duels, puis par un choc général. Les porteurs de l'étendard de Quraysh — dix de la famille de ʿAbd ad-Dār — tombèrent l'un après l'autre, jusqu'à ce qu'un esclave abyssin nommé Ṣuʾāb saisisse l'étendard ; lui aussi fut tué. L'élan musulman fut tel que les polythéistes prirent la fuite ; les femmes qurayshites soulevèrent leurs robes pour s'enfuir, et le butin commença à être ramassé sur le champ. Les musulmans, voyant la déroute, crurent l'affaire terminée.
La majorité des archers, oubliant l'ordre du Prophète ﷺ, descendit la colline pour récolter le butin, malgré les protestations de leur chef ʿAbdullāh ibn Jubayr — qui resta avec une dizaine d'hommes seulement. Khālid ibn al-Walīd, qui menait la cavalerie qurayshite, vit la brèche : il contourna la colline par derrière, écrasa les archers fidèles, et frappa les musulmans dans le dos. La panique gagna les rangs ; un cri retentit que le Prophète ﷺ avait été tué. Les Compagnons, désorientés, tournèrent les uns contre les autres. C'est dans ce désordre que des frères tombèrent sous des coups fraternels — comme al-Yamān, le père de Ḥudhayfa, tué par méprise.
Waḥshī, esclave abyssin envoyé par Hind bint ʿUtba en échange de son affranchissement, guetta Ḥamza derrière un rocher, lança son javelot avec la dextérité abyssine et le tua. Hind, après le combat, mutila le corps et tenta de mâcher le foie. Du côté du Prophète ﷺ, ʿUtba ibn Abī Waqqāṣ lui brisa l'incisive inférieure droite et le blessa à la lèvre ; ʿAbdullāh ibn Shihāb az-Zuhrī le blessa au front ; Ibn Qamiʾa lui frappa l'épaule et la joue, enfonçant deux anneaux du casque dans la chair. Le Prophète ﷺ tomba dans une fosse ; ʿAlī le saisit par la main, et Ṭalḥa le redressa.
Ṭalḥa ibn ʿUbaydillāh fit de son corps un bouclier ; en parant un coup destiné au Messager ﷺ, son doigt fut tranché. Le Prophète ﷺ dit en le voyant : « Si tu avais dit "bismillāh", les anges t'auraient porté sous les yeux des hommes. » Abū Bakr disait : « Cette journée tout entière fut celle de Ṭalḥa. » Anas ibn an-Naḍr — qui n'avait pu participer à Badr — rencontra des Compagnons découragés et leur dit : « Que ferez-vous de la vie après lui ? Levez-vous et mourez sur ce pour quoi il est mort. » Il combattit jusqu'à recevoir plus de quatre-vingts blessures ; sa sœur ne put l'identifier que par son doigt. Saʿd ibn Abī Waqqāṣ tira tant de flèches que le Prophète ﷺ lui dit : « Tire, mes père et mère soient ta rançon. »
Muṣʿab ibn ʿUmayr, jadis le plus élégant des jeunes de Makka, tomba en portant l'étendard ; on l'enterra dans une étoffe si courte qu'elle ne couvrait pas à la fois sa tête et ses pieds. Ḥanẓala ibn Abī ʿĀmir, marié la veille, sortit au combat sans avoir fait les grandes ablutions ; quand il fut tué, le Prophète ﷺ informa que les anges le lavaient — d'où son surnom : Ghasīl al-Malāʾika. Sept Anṣār et deux Qurayshites firent rempart de leurs corps autour du Messager ﷺ ; six tombèrent en martyrs ce jour-là.
Le lendemain matin, malgré les blessures et le deuil, le Prophète ﷺ ordonna que seuls ceux qui avaient combattu à Uḥud sortent à sa suite. Quraysh, en chemin de retour, hésitait à revenir achever l'œuvre. Le Messager d'Allah ﷺ marcha jusqu'à Ḥamrā al-Asad, à environ 13 km de Madīna, et y campa trois nuits, faisant allumer 500 feux pour donner l'illusion d'une grande armée. Allah décrivit ces croyants : « Ceux qui répondirent à Allah et au Messager après que la blessure les eut atteints » (Āl ʿImrān 172). Quraysh, démoralisée, poursuivit son retour vers Makka sans se retourner.