Banū Qaynuqāʿ et premières expéditions · Années 2-3 H · Après Badr, l'établissement de l'autorité musulmane à Madīna
La victoire éclatante de Badr en Ramaḍān de l'an 2 H change le rapport de force à Madīna. Une partie des juifs, qui avaient signé un pacte avec le Prophète ﷺ à son arrivée, commencent à manifester leur hostilité ouvertement, voyant dans le succès des musulmans une menace pour leur position. Banū Qaynuqāʿ rompent les premiers le pacte ; un siège bref aboutit à leur expulsion. À Makka, Abū Sufyān tente une expédition de représailles connue sous le nom d'as-Sawīq. Et le poète juif Kaʿb ibn al-Ashraf, parti à Makka pleurer les morts païens et chanter des vers excitant les Arabes contre les musulmans, est éliminé par Muḥammad ibn Maslama et son groupe. Ces événements consolident l'autorité de l'État médinois.
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Allah dit : « Et si jamais tu crains une trahison de la part d'un peuple, dénonce alors le pacte d'une façon franche et loyale, car Allah n'aime pas les traîtres. »
Source : Coran, sourate al-Anfāl (8), verset 58
À l'arrivée du Prophète ﷺ à Madīna, un pacte (la ṣaḥīfa dite de Madīna) avait été signé entre les musulmans et les trois grandes tribus juives — Banū Qaynuqāʿ, Banū al-Naḍīr, Banū Qurayẓa — garantissant la sécurité réciproque et la défense commune de la cité. Banū Qaynuqāʿ, alliés de Khazraj, comptaient environ sept cents combattants ; ils étaient orfèvres et forgerons, installés autour d'un marché commercial. Après la victoire des musulmans à Badr (17 Ramaḍān 2 H), leur attitude bascule. Le rapport de force a changé, et eux, qui pensaient le mouvement éphémère, voient désormais en Muḥammad ﷺ un pouvoir établi. L'épisode du marché — l'humiliation publique d'une femme musulmane par un orfèvre — devient le détonateur qui déclenche le siège.
La victoire musulmane à Badr inquiète Banū Qaynuqāʿ. Ils manifestent leur hostilité ouverte : moqueries, refus de respecter les clauses du pacte, paroles publiques affirmant que les Quraychites tombés à Badr n'étaient pas des combattants aguerris et qu'eux, Banū Qaynuqāʿ, sauraient se battre autrement. Le Prophète ﷺ se rend lui-même à leur marché pour les exhorter à respecter le pacte et à reconnaître la vérité, mais ils répondent avec arrogance.
Une femme musulmane se rend au marché de Banū Qaynuqāʿ pour vendre une marchandise et s'assied près de la boutique d'un orfèvre. Celui-ci tente de lui faire dévoiler le visage ; comme elle refuse, il accroche, sans qu'elle s'en aperçoive, le bas de sa robe à son haut, de sorte qu'elle se trouve dénudée à son insu lorsqu'elle se relève. Les présents éclatent de rire. Un musulman intervient, tue l'orfèvre. Les juifs se rassemblent et tuent le musulman. La famille du défunt vient demander réparation au Prophète ﷺ.
Le Prophète ﷺ rassemble les musulmans et marche vers les forteresses de Banū Qaynuqāʿ. Il leur dénonce officiellement le pacte selon le principe coranique de fa-nbidh ilayhim ʿalā sawāʾ — répudier le pacte de manière franche et publique, sans trahison. C'est l'application directe du verset al-Anfāl 58. Le siège commence en Shawwāl de l'an 2 H.
Les musulmans encerclent les forteresses de Banū Qaynuqāʿ pendant quinze jours. Coupés de leur approvisionnement, conscients qu'aucune des autres tribus juives ne viendra à leur secours — leur arrogance les avait isolés — ils finissent par se rendre sans condition à la décision du Prophète ﷺ.
Le chef des hypocrites de Madīna, ʿAbdullāh ibn Ubayy, qui avait été presque proclamé roi de Yathrib avant l'arrivée du Prophète ﷺ, comptait Banū Qaynuqāʿ parmi ses alliés. Il vient trouver le Prophète ﷺ et insiste, accroché à son armure, pour qu'il épargne ses « clients ». Il dit : « Quatre cents hommes sans cuirasse et trois cents en cuirasse — comment veux-tu que je les abandonne en une matinée ? Je crains les retournements de fortune. » Le Prophète ﷺ, par sagesse politique et pour ne pas pousser les hypocrites dans une révolte ouverte, accepte d'épargner leur vie.
Contrairement à Ibn Ubayy, le Compagnon ʿUbāda ibn al-Ṣāmit, qui était également allié à Banū Qaynuqāʿ depuis l'époque de la Jāhiliyya, vient publiquement déclarer qu'il rompt cette alliance et la remplace par sa fidélité à Allah, à Son Messager ﷺ et aux croyants. À ce sujet descend, selon plusieurs commentateurs, le verset : « Ô vous qui croyez, ne prenez pas pour alliés les juifs et les chrétiens » (al-Māʾida 51). Banū Qaynuqāʿ — environ sept cents combattants — sont expulsés vers Adhriʿāt en Syrie, leurs biens étant en partie redistribués.
Après Badr, Abū Sufyān a juré de ne pas se laver la tête tant qu'il n'aurait pas attaqué Madīna. Pour tenir formellement son serment, il sort de Makka avec deux cents cavaliers, atteint les abords de Madīna, brûle quelques palmiers et tue deux Anṣār travaillant dans un champ. Les musulmans sortent à sa poursuite ; les Quraychites s'enfuient en abandonnant leurs provisions, principalement des sacs de sawīq (farine d'orge grillée) — d'où le nom de l'expédition. Cette opération dérisoire montre la faiblesse de Quraysh après Badr.
Kaʿb ibn al-Ashraf, riche notable et poète juif de Banū al-Naḍīr, ne supporte pas l'annonce de la victoire de Badr. Il se rend à Makka, pleure publiquement les chefs païens tués, compose des élégies enflammées, et excite les tribus arabes contre les musulmans. De retour à Madīna, il compose des vers diffamant les femmes musulmanes. Il a non seulement rompu le pacte mais déclaré une guerre poétique et politique au Prophète ﷺ.
« Ne combattrez-vous pas des gens qui ont violé leurs serments et conjuré d'expulser le Messager ? » (al-Tawba 13). Le Prophète ﷺ demande publiquement : « Qui me débarrassera de Kaʿb ibn al-Ashraf, car il a fait du tort à Allah et à Son Messager ? » Muḥammad ibn Maslama des Anṣār se propose, accompagné de Sallām ibn Abī al-Ḥuqayq (frère de lait de Kaʿb), Abū Nāʾila, ʿAbbād ibn Bishr et al-Ḥārith ibn Aws. Sous prétexte de lui emprunter de la nourriture, ils l'attirent hors de sa forteresse à la nuit tombée, et l'éliminent en l'an 3 H. La nouvelle plonge les juifs dans la terreur ; le pouvoir du verbe injuste à Madīna est brisé.