بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Chapitre N°21

بَنُو قَيْنُقَاعَ وَالسَّرَايَا

Banū Qaynuqāʿ et premières expéditions · Années 2-3 H · Après Badr, l'établissement de l'autorité musulmane à Madīna

La victoire éclatante de Badr en Ramaḍān de l'an 2 H change le rapport de force à Madīna. Une partie des juifs, qui avaient signé un pacte avec le Prophète ﷺ à son arrivée, commencent à manifester leur hostilité ouvertement, voyant dans le succès des musulmans une menace pour leur position. Banū Qaynuqāʿ rompent les premiers le pacte ; un siège bref aboutit à leur expulsion. À Makka, Abū Sufyān tente une expédition de représailles connue sous le nom d'as-Sawīq. Et le poète juif Kaʿb ibn al-Ashraf, parti à Makka pleurer les morts païens et chanter des vers excitant les Arabes contre les musulmans, est éliminé par Muḥammad ibn Maslama et son groupe. Ces événements consolident l'autorité de l'État médinois.

﴿وَإِمَّا تَخَافَنَّ مِن قَوْمٍ خِيَانَةً فَانبِذْ إِلَيْهِمْ عَلَىٰ سَوَاءٍ ۚ إِنَّ اللَّهَ لَا يُحِبُّ الْخَائِنِينَ﴾

Allah dit : « Et si jamais tu crains une trahison de la part d'un peuple, dénonce alors le pacte d'une façon franche et loyale, car Allah n'aime pas les traîtres. »

Source : Coran, sourate al-Anfāl (8), verset 58

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Contexte historique

À l'arrivée du Prophète ﷺ à Madīna, un pacte (la ṣaḥīfa dite de Madīna) avait été signé entre les musulmans et les trois grandes tribus juives — Banū Qaynuqāʿ, Banū al-Naḍīr, Banū Qurayẓa — garantissant la sécurité réciproque et la défense commune de la cité. Banū Qaynuqāʿ, alliés de Khazraj, comptaient environ sept cents combattants ; ils étaient orfèvres et forgerons, installés autour d'un marché commercial. Après la victoire des musulmans à Badr (17 Ramaḍān 2 H), leur attitude bascule. Le rapport de force a changé, et eux, qui pensaient le mouvement éphémère, voient désormais en Muḥammad ﷺ un pouvoir établi. L'épisode du marché — l'humiliation publique d'une femme musulmane par un orfèvre — devient le détonateur qui déclenche le siège.

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Personnages importants

عَبْدُ اللَّهِ بْنُ أُبَيّ ʿAbdullāh ibn Ubayy
Chef des hypocrites de Madīna, allié de Banū Qaynuqāʿ. Il intercède pour épargner leur vie.
كَعْبُ بْنُ الْأَشْرَف Kaʿb ibn al-Ashraf
Poète juif de Banū al-Naḍīr. Il pleure les païens tués à Badr et excite les tribus contre les musulmans.
مُحَمَّدُ بْنُ مَسْلَمَة Muḥammad ibn Maslama
Compagnon des Anṣār. Il dirige le petit groupe chargé d'éliminer Kaʿb ibn al-Ashraf.
أَبُو سُفْيَان Abū Sufyān ibn Ḥarb
Chef de Quraysh après la perte de ses notables à Badr. Mène l'expédition d'as-Sawīq pour sauver l'honneur.
عُبَادَةُ بْنُ الصَّامِت ʿUbāda ibn al-Ṣāmit
Compagnon des Anṣār, allié initialement de Banū Qaynuqāʿ. Il déclare publiquement renoncer à cette alliance.
1

La rupture du pacte par Banū Qaynuqāʿ

Le marché et l'orfèvre
L'humiliation publique d'une musulmane et le meurtre du musulman qui la défend déclenchent les hostilités.
Sira Trahison du pacte

Les provocations après Badr

La victoire musulmane à Badr inquiète Banū Qaynuqāʿ. Ils manifestent leur hostilité ouverte : moqueries, refus de respecter les clauses du pacte, paroles publiques affirmant que les Quraychites tombés à Badr n'étaient pas des combattants aguerris et qu'eux, Banū Qaynuqāʿ, sauraient se battre autrement. Le Prophète ﷺ se rend lui-même à leur marché pour les exhorter à respecter le pacte et à reconnaître la vérité, mais ils répondent avec arrogance.

L'incident du marché

Une femme musulmane se rend au marché de Banū Qaynuqāʿ pour vendre une marchandise et s'assied près de la boutique d'un orfèvre. Celui-ci tente de lui faire dévoiler le visage ; comme elle refuse, il accroche, sans qu'elle s'en aperçoive, le bas de sa robe à son haut, de sorte qu'elle se trouve dénudée à son insu lorsqu'elle se relève. Les présents éclatent de rire. Un musulman intervient, tue l'orfèvre. Les juifs se rassemblent et tuent le musulman. La famille du défunt vient demander réparation au Prophète ﷺ.

La dénonciation officielle du pacte

Le Prophète ﷺ rassemble les musulmans et marche vers les forteresses de Banū Qaynuqāʿ. Il leur dénonce officiellement le pacte selon le principe coranique de fa-nbidh ilayhim ʿalā sawāʾ — répudier le pacte de manière franche et publique, sans trahison. C'est l'application directe du verset al-Anfāl 58. Le siège commence en Shawwāl de l'an 2 H.

2

Le siège et l'expulsion

Quinze jours, l'intercession d'Ibn Ubayy
Banū Qaynuqāʿ se rendent. Le chef des hypocrites obtient leur expulsion plutôt que leur exécution.
Sira Exil au Shām

Le siège

Les musulmans encerclent les forteresses de Banū Qaynuqāʿ pendant quinze jours. Coupés de leur approvisionnement, conscients qu'aucune des autres tribus juives ne viendra à leur secours — leur arrogance les avait isolés — ils finissent par se rendre sans condition à la décision du Prophète ﷺ.

L'intercession d'ʿAbdullāh ibn Ubayy

Le chef des hypocrites de Madīna, ʿAbdullāh ibn Ubayy, qui avait été presque proclamé roi de Yathrib avant l'arrivée du Prophète ﷺ, comptait Banū Qaynuqāʿ parmi ses alliés. Il vient trouver le Prophète ﷺ et insiste, accroché à son armure, pour qu'il épargne ses « clients ». Il dit : « Quatre cents hommes sans cuirasse et trois cents en cuirasse — comment veux-tu que je les abandonne en une matinée ? Je crains les retournements de fortune. » Le Prophète ﷺ, par sagesse politique et pour ne pas pousser les hypocrites dans une révolte ouverte, accepte d'épargner leur vie.

L'exemple d'ʿUbāda ibn al-Ṣāmit

Contrairement à Ibn Ubayy, le Compagnon ʿUbāda ibn al-Ṣāmit, qui était également allié à Banū Qaynuqāʿ depuis l'époque de la Jāhiliyya, vient publiquement déclarer qu'il rompt cette alliance et la remplace par sa fidélité à Allah, à Son Messager ﷺ et aux croyants. À ce sujet descend, selon plusieurs commentateurs, le verset : « Ô vous qui croyez, ne prenez pas pour alliés les juifs et les chrétiens » (al-Māʾida 51). Banū Qaynuqāʿ — environ sept cents combattants — sont expulsés vers Adhriʿāt en Syrie, leurs biens étant en partie redistribués.

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L'expédition d'as-Sawīq et l'assassinat de Kaʿb ibn al-Ashraf

Représailles de Quraysh et fin du poète
Abū Sufyān tente un coup symbolique. Kaʿb ibn al-Ashraf, qui pleurait les morts de Badr et excitait les Arabes, est éliminé.
Sira An 3 H

Le serment d'Abū Sufyān

Après Badr, Abū Sufyān a juré de ne pas se laver la tête tant qu'il n'aurait pas attaqué Madīna. Pour tenir formellement son serment, il sort de Makka avec deux cents cavaliers, atteint les abords de Madīna, brûle quelques palmiers et tue deux Anṣār travaillant dans un champ. Les musulmans sortent à sa poursuite ; les Quraychites s'enfuient en abandonnant leurs provisions, principalement des sacs de sawīq (farine d'orge grillée) — d'où le nom de l'expédition. Cette opération dérisoire montre la faiblesse de Quraysh après Badr.

Le poète qui pleurait les païens

Kaʿb ibn al-Ashraf, riche notable et poète juif de Banū al-Naḍīr, ne supporte pas l'annonce de la victoire de Badr. Il se rend à Makka, pleure publiquement les chefs païens tués, compose des élégies enflammées, et excite les tribus arabes contre les musulmans. De retour à Madīna, il compose des vers diffamant les femmes musulmanes. Il a non seulement rompu le pacte mais déclaré une guerre poétique et politique au Prophète ﷺ.

L'opération de Muḥammad ibn Maslama

﴿أَلَا تُقَاتِلُونَ قَوْمًا نَّكَثُوا أَيْمَانَهُمْ وَهَمُّوا بِإِخْرَاجِ الرَّسُولِ﴾

« Ne combattrez-vous pas des gens qui ont violé leurs serments et conjuré d'expulser le Messager ? » (al-Tawba 13). Le Prophète ﷺ demande publiquement : « Qui me débarrassera de Kaʿb ibn al-Ashraf, car il a fait du tort à Allah et à Son Messager ? » Muḥammad ibn Maslama des Anṣār se propose, accompagné de Sallām ibn Abī al-Ḥuqayq (frère de lait de Kaʿb), Abū Nāʾila, ʿAbbād ibn Bishr et al-Ḥārith ibn Aws. Sous prétexte de lui emprunter de la nourriture, ils l'attirent hors de sa forteresse à la nuit tombée, et l'éliminent en l'an 3 H. La nouvelle plonge les juifs dans la terreur ; le pouvoir du verbe injuste à Madīna est brisé.

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Leçons à retenir

3 leçons essentielles
Ce que ces premières expéditions nous enseignent.
  • Le respect des pactes est sacré, mais leur rupture publique est exigée : Allah n'aime pas les traîtres. Quand un peuple trahit, on dénonce franchement le pacte avant de combattre — pas d'attaque par surprise contre un allié
  • La sagesse politique tient compte des forces apparentes : le Prophète ﷺ a accepté l'intercession d'Ibn Ubayy pour ne pas créer une fracture interne immédiate — gouverner, c'est savoir choisir le moment
  • Le verbe injuste a un coût : Kaʿb ibn al-Ashraf n'a pas combattu militairement, il a combattu par la parole. Le Prophète ﷺ a traité cette agression avec le même sérieux qu'une agression armée

🧠 Chronologie mnémotechnique

1
MARCHÉ
L'orfèvre humilie
Shawwāl 2 H
2
SIÈGE
15 jours
Exil de 700 hommes
3
AS-SAWĪQ
Abū Sufyān fuit
Sacs d'orge abandonnés
4
KAʿB IBN AL-ASHRAF
Le poète éliminé
Rabīʿ al-Awwal 3 H