Le drame des récitateurs et l'expulsion de Banū an-Naḍīr · An 4 de l'hégire · La trahison et la fermeté
Après le revers d'Uḥud, deux drames vont marquer l'an 4 de l'hégire. À Biʾr Maʿūna, soixante-dix Compagnons récitateurs du Coran tombent en martyrs, trahis par les tribus mêmes qu'ils venaient enseigner. Peu après, les Banū an-Naḍīr — tribu juive de Madīna liée par un pacte au Prophète ﷺ — complotent de l'assassiner en lui jetant une meule du toit. Allah avertit Son Messager, qui les assiège, les expulse, et révèle à leur sujet la sourate al-Ḥashr. Ces deux épisodes montrent que la trahison se paie et que la patience du croyant a une fin lorsque le pacte est rompu.
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Allah dit : « C'est Lui qui a fait sortir de leurs demeures, pour le premier exil, ceux des gens du Livre qui avaient mécru. Vous ne pensiez pas qu'ils sortiraient. »
Source : Coran, sourate al-Ḥashr (59), verset 2
Nous sommes en l'an 4 de l'hégire, environ un an après la bataille d'Uḥud. Madīna est alors entourée de menaces : les tribus arabes du Najd (Sulaym, ʿĀmir, Riʿl, Dhakwān) hostiles à l'Islam, et les tribus juives demeurées dans la ville malgré l'expulsion antérieure des Banū Qaynuqāʿ. Les Banū an-Naḍīr habitent au sud-est de Madīna, possèdent des palmeraies riches et des forteresses solides. Ils ont signé un pacte avec le Prophète ﷺ à son arrivée. Mais après Uḥud, voyant les musulmans affaiblis, ils basculent dans la duplicité. Mubārakpūrī (al-Raḥīq al-Makhtūm) place ces deux événements en Ṣafar et Rabīʿ al-Awwal de l'an 4.
Abū Barāʾ ʿĀmir ibn Mālik, chef vénéré des Banū ʿĀmir, vint à Madīna. Le Prophète ﷺ l'invita à l'Islam ; il ne le refusa pas mais ne l'accepta pas non plus, et lui demanda d'envoyer un groupe de Compagnons pour enseigner le Coran et la religion aux tribus du Najd. Le Prophète ﷺ craignait pour eux la trahison de ces tribus. Abū Barāʾ donna sa garantie personnelle de leur sécurité. Sur cette parole, le Prophète ﷺ envoya soixante-dix des meilleurs récitateurs parmi les Anṣār, dont al-Ḥārith ibn aṣ-Ṣimma et Ḥarām ibn Milḥān.
Arrivés à Biʾr Maʿūna (un point d'eau entre les terres des Banū ʿĀmir et celles des Banū Sulaym), ils envoyèrent Ḥarām ibn Milḥān porter la lettre du Prophète ﷺ au chef ʿĀmir ibn aṭ-Ṭufayl. Celui-ci le tua sur place sans même lire la lettre, puis appela les Banū ʿĀmir au combat — ils refusèrent, par respect pour la garantie d'Abū Barāʾ. Il appela alors les Banū Sulaym (Riʿl, Dhakwān, ʿUṣayya) qui répondirent. Ils encerclèrent les récitateurs et les massacrèrent jusqu'au dernier. Ḥarām, mortellement blessé, dit : « J'ai gagné, par le Seigneur de la Kaʿba ! ». Seul ʿAmr ibn Umayya aḍ-Ḍamrī fut épargné. Le Prophète ﷺ, accablé, invoqua contre Riʿl, Dhakwān et ʿUṣayya pendant trente jours dans le qunūt du Subḥ. Al-Bukhārī rapporte qu'il dit n'avoir jamais éprouvé de tristesse comparable à celle de Biʾr Maʿūna.
Le survivant ʿAmr ibn Umayya, sur le chemin du retour, rencontra deux hommes des Banū ʿĀmir. Il les tua, croyant venger ses frères ; mais ces deux-là avaient un pacte avec le Prophète ﷺ. À son retour, le Prophète ﷺ lui dit : « Tu en as tué deux dont je devrai payer le prix du sang. » Selon le pacte de Madīna, les Banū an-Naḍīr étaient tenus de contribuer à cette diya, étant alliés. Le Prophète ﷺ s'y rendit avec Abū Bakr, ʿUmar, ʿAlī et quelques autres pour solliciter leur part.
Les Banū an-Naḍīr feignirent l'accueil et firent asseoir le Prophète ﷺ contre le mur de l'une de leurs maisons. Puis, en aparté, leurs chefs — instigués par Ḥuyayy ibn Akhṭab — décidèrent qu'un homme monterait sur le toit pour jeter sur lui une meule de pierre. Al-Bayhaqī et Ibn Hishām rapportent qu'au moment où l'homme allait exécuter le crime, l'ange Jibrīl descendit du Ciel pour avertir le Prophète ﷺ. Celui-ci se leva sans rien dire, comme pour une affaire pressante, et rentra à Madīna. Quand ses Compagnons le rejoignirent, il leur révéla la trahison. Allah dit dans al-Māʾida : ﴿إِذْ هَمَّ قَوْمٌ أَن يَبْسُطُوا إِلَيْكُمْ أَيْدِيَهُمْ فَكَفَّ أَيْدِيَهُمْ عَنكُمْ﴾ — « Lorsqu'un groupe d'entre eux voulut porter ses mains sur vous, Il retint leurs mains de vous » (al-Māʾida, 11).
Le Prophète ﷺ envoya Muḥammad ibn Maslama avec un ultimatum : quitter Madīna sous dix jours, faute de quoi quiconque resterait serait tué. Ils s'apprêtèrent à partir. Mais ʿAbdullāh ibn Ubayy, chef des hypocrites, leur fit dire : « Tenez bon dans vos forteresses, nous vous soutiendrons avec deux mille hommes, et si vous êtes expulsés, nous sortirons avec vous. » Sur cette fausse promesse, Ḥuyayy ibn Akhṭab refusa de partir. Le Prophète ﷺ se mit en marche avec ses Compagnons et établit le siège pendant six jours selon Mubārakpūrī (d'autres rapportent quinze ou vingt-et-un jours). Ibn Ubayy ne bougea pas.
Pour briser leur résistance, le Prophète ﷺ ordonna de couper et de brûler certains de leurs palmiers — fait exceptionnel et juridiquement encadré, qui suscita la critique des juifs : « Tu interdisais le désordre sur terre, et tu coupes les arbres ? » Allah répondit : ﴿مَا قَطَعْتُم مِّن لِّينَةٍ أَوْ تَرَكْتُمُوهَا قَائِمَةً عَلَىٰ أُصُولِهَا فَبِإِذْنِ اللَّهِ﴾ — « Tout palmier de tendre dattier que vous avez coupé ou laissé debout sur ses racines, c'est avec la permission d'Allah » (al-Ḥashr, 5). Les Banū an-Naḍīr se rendirent. Ils furent autorisés à partir avec ce qu'un chameau pouvait porter par famille, à l'exception des armes. Mubārakpūrī rapporte qu'ils démontèrent eux-mêmes les portes et les linteaux de leurs maisons pour les emporter. Ils partirent à Khaybar et en Syrie, et toute la sourate al-Ḥashr fut révélée à leur sujet.