Premiers croyants et persécutions · 4ᵉ-5ᵉ années de la mission · Le sang des premiers martyrs
L'Islam n'a pas commencé avec des foules : il a commencé avec une poignée d'âmes choisies. Khadīja la première parmi les femmes, Abū Bakr le premier parmi les hommes libres, ʿAlī le premier parmi les enfants, Zayd le premier parmi les anciens esclaves, Bilāl le premier parmi les esclaves encore en chaînes. Quand vint la persécution, ce sont les plus faibles socialement qui payèrent le plus cher prix : Sumayya, Yāsir, ʿAmmār, Khabbāb, Bilāl. Mubārakpūrī rapporte ces récits avec une retenue qui rend leur poids encore plus lourd. Étudier ce chapitre, c'est comprendre que la foi a un coût, et que les pionniers d'Allah sont ceux qui acceptent de le payer.
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Allah dit : « Les premiers, ce sont les premiers ! Voilà ceux qui sont les rapprochés [d'Allah] — dans les Jardins des délices. »
Source : Coran, sourate al-Wāqiʿa (56), versets 10-12
Tant que la mission restait secrète, les croyants vivaient cachés. Mais après la révélation de « Avertis tes plus proches » (ash-Shuʿarāʾ, 214), puis de « Proclame donc ce qui t'est ordonné » (al-Ḥijr, 94), le Prophète ﷺ et ses Compagnons commencèrent à prier publiquement aux abords de la Kaʿba et à prêcher en plein jour. Cette nouvelle visibilité provoqua immédiatement la riposte de Quraysh. Mubārakpūrī rappelle que les sévices furent graduels : d'abord verbaux, puis sociaux (boycott familial), enfin physiques. Et que ces derniers s'abattirent prioritairement sur ceux qui n'avaient pas de clan pour les défendre — les esclaves, les affranchis, les femmes seules. La persécution dura plusieurs années avant de pousser à la première hijra abyssine en l'an 5 de la mission.
L'épouse du Prophète ﷺ, Khadīja bint Khuwaylid, fut la toute première à le croire — au moment même où il redescendait, tremblant, de la grotte de Ḥirāʾ. Elle ne demanda pas de preuve : sa connaissance intime de son mari lui suffisait. Elle dépensa ses biens pour la mission, l'enveloppa de son affection, et fut le premier rempart humain contre le doute et l'épuisement. Allah lui transmit Ses salutations par Jibrīl, lui annonçant une « maison de roseau au Paradis, sans bruit ni fatigue » (al-Bukhārī n°3820).
« Et celui qui a apporté la vérité et celui qui l'a confirmée, voilà les pieux » (az-Zumar, 33). Marchand respecté, cultivé, doux et accessible, Abū Bakr crut sans hésiter et entreprit aussitôt la daʿwa auprès des siens : par lui entrèrent ʿUthmān, az-Zubayr, ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf, Saʿd ibn abī Waqqāṣ, Ṭalḥa. Il acheta plusieurs esclaves persécutés pour les libérer, dont Bilāl.
ʿAlī ibn abī Ṭālib, premier parmi les enfants, avait environ dix ans et vivait sous le toit du Prophète ﷺ ; il le surprit un jour priant, comprit, et embrassa l'Islam aussitôt. Zayd ibn Ḥāritha, premier parmi les anciens esclaves, avait été affranchi puis adopté par le Prophète ﷺ — il était devenu son fils par choix mutuel. Bilāl ibn Rabāḥ, premier parmi les esclaves encore enchaînés, esclave d'Umayya ibn Khalaf, fut le premier à crier sa foi alors qu'on le martyrisait : « Aḥad, Aḥad » — Un, Un, Un.
Sumayya bint Khayyāṭ, vieille femme affranchie, esclave de la famille de Banū Makhzūm, fut le premier être humain à mourir pour la foi en Allah seul. Mubārakpūrī rapporte d'après Ibn Hishām : « Abū Jahl la frappa d'un coup de lance dans le ventre, et elle tomba martyre — première martyre de l'Islam. » Son sang ouvrit la voie à des dizaines de milliers d'autres jusqu'à la fin des temps.
Son mari Yāsir mourut peu après, dans les mêmes tortures. Leur fils ʿAmmār ibn Yāsir, lui, fut traîné au plein soleil dans la plaine de l'Abṭaḥ ; on l'étendait sur le sable brûlant, on lui posait un rocher sur la poitrine, on le plongeait dans l'eau jusqu'à perte de conscience. Le Prophète ﷺ passa près d'eux pendant les sévices et leur dit : « Patience, ô famille de Yāsir ! Votre rendez-vous est le Paradis. » ʿAmmār, à bout, prononça un mot d'apparente apostasie pour qu'on le lâche ; il vint en pleurant au Prophète ﷺ, qui lui demanda : « Comment ton cœur le ressentait-il ? — Tranquille dans la foi, ô Messager d'Allah. — Alors si jamais ils recommencent, recommence à dire ce qu'ils veulent. » Et Allah révéla : « Sauf celui qui aura été contraint, alors que son cœur reste plein de foi » (an-Naḥl, 106).
Umayya ibn Khalaf faisait sortir Bilāl à l'heure la plus chaude, l'étendait sur les pierres brûlantes de la plaine de Makka, et faisait poser un rocher énorme sur sa poitrine en lui disant : « Tu y resteras jusqu'à ce que tu meures ou que tu renies Muḥammad. » Bilāl, suffoquant, ne répétait qu'un mot : aḥad, aḥad — Un, Un. Abū Bakr l'acheta et l'affranchit ; il deviendra le premier muezzin de l'Islam.
Khabbāb ibn al-Aratt était un forgeron, esclave d'Umm Anmār. Quand elle apprit sa conversion, elle prenait le fer chauffé à blanc et le posait sur son dos ou sa tête pour qu'il renie Muḥammad ﷺ. « Cela ne fit qu'augmenter sa foi », rapporte Mubārakpūrī. Un jour, ses bourreaux jetèrent Khabbāb sur des braises et restèrent debout sur sa poitrine pour l'empêcher de se relever — la chaleur du feu ne s'éteignit que par la graisse de son dos qui fondait.
Les croyants protégés par leur clan n'échappaient pas à la pression. ʿUthmān ibn ʿAffān était roulé par son oncle dans une natte et enfumé par-dessous. Muṣʿab ibn ʿUmayr, le plus élégant des jeunes hommes de Makka, fut chassé par sa mère et privé de toute aide ; sa peau pelait comme celle d'un serpent. Abū Bakr fut un jour roué de coups près de la Kaʿba, ʿUtba ibn Rabīʿa lui sauta sur le ventre avec ses sandales clouées jusqu'à ce qu'on ne distingue plus son nez de son visage. Sa première parole en revenant à lui : « Qu'est-il advenu du Messager d'Allah ﷺ ? »
« Les gens pensent-ils qu'on les laissera dire : "Nous croyons" sans qu'ils soient éprouvés ? » (al-ʿAnkabūt, 2). Khabbāb vint un jour se plaindre au Prophète ﷺ, qui était couché à l'ombre de la Kaʿba la tête sur son manteau : « Ô Messager d'Allah, n'invoques-tu pas Allah pour nous ? » Le Prophète ﷺ se redressa, le visage rouge, et répondit : « Il y avait avant vous des hommes qu'on enterrait vivants jusqu'à mi-corps avant de leur scier la tête en deux ; cela ne les détournait pas de leur religion. Par Allah, cette religion sera complète, à tel point qu'un voyageur ira de Ṣanʿāʾ à Ḥaḍramawt sans craindre qu'Allah, ou le loup pour ses brebis. Mais vous êtes pressés. » (al-Bukhārī n°3612).