Les méthodes d'opposition de Quraysh · 4ᵉ-5ᵉ années de la mission · Cinq axes stratégiques
Une fois la prédication rendue publique, Quraysh dut admettre qu'elle ne pouvait plus ignorer Muḥammad ﷺ. Mubārakpūrī détaille avec précision cinq axes par lesquels les notables polythéistes tentèrent d'éteindre l'appel : la moquerie, l'altération de l'image de la révélation, les pressions sur le tuteur Abū Ṭālib, les tentatives de compromis, et enfin la persécution graduelle des croyants. Étudier ces axes, c'est comprendre que toute mission véridique se heurte à des stratégies prévisibles — et que la patience prophétique est le seul antidote.
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Allah dit : « Et rappelle-toi, lorsque les mécréants complotaient contre toi, soit pour t'emprisonner, soit pour te tuer, soit pour t'expulser. Ils complotent, mais Allah déjoue leurs complots, et Allah est le meilleur de ceux qui déjouent les complots. »
Source : Coran, sourate al-Anfāl (8), verset 30
Les Mecquois auraient pu, lors du discours du Ṣafā, balayer la mission par la force. Mais deux choses les retenaient : d'abord, Muḥammad ﷺ était sous la protection (jiwār) d'Abū Ṭālib, l'un des chefs respectés de Banū Hāshim, et toucher à un protégé sans cause exposait le clan tout entier à la guerre civile ; ensuite, le Prophète ﷺ avait, depuis plus de quinze ans, gagné le surnom d'al-Amīn — « le Digne de confiance » — et l'attaquer ouvertement aurait paru injuste. Quraysh choisit donc une approche graduelle : moqueries, puis désinformation, puis pressions sur l'oncle, puis offres de compromis, puis enfin persécution des plus faibles. Mubārakpūrī détaille ces cinq axes dans le chapitre intitulé asālīb shattā li-mujābahat ad-daʿwa (« diverses méthodes pour faire face à l'appel »).
« Nous te suffisons contre les railleurs » (al-Ḥijr, 95). À l'approche du pèlerinage, Quraysh sentit que les délégations arabes allaient entendre le message. Ils se réunirent autour d'al-Walīd ibn al-Mughīra : « Disons qu'il est devin. — Non, il n'a pas la diction du devin. — Disons fou. — Non, il est trop sain. — Disons poète. — Non, nous connaissons toute la poésie, ce n'en est pas. — Alors disons sorcier, dont la parole sépare l'homme de son frère, de sa femme et de son père. » C'est cette accusation qu'ils diffusèrent. Allah répondit en révélant les seize versets de la sourate al-Muddaththir (11-26) qui décrivent le calcul de cet homme.
Mubārakpūrī observe que Quraysh utilisa simultanément quatre accusations incompatibles : sorcier (qui maîtriserait des forces occultes), fou (qui aurait perdu la raison), menteur (qui inventerait sciemment), poète (qui parlerait sous l'inspiration d'un démon). Cette incohérence trahissait leur embarras : ils savaient au fond que Muḥammad ﷺ ne mentait pas, mais devaient produire un narratif pour les pèlerins. Allah dit : « Ils savaient pertinemment que tu ne mentais pas » (al-Anʿām, 33).
Au quotidien, à Makka même, le Prophète ﷺ était l'objet de regards menaçants, de gestes obscènes, de blagues lancées dans les assemblées contre lui et contre les Compagnons faibles. Allah le consola : « Nous savons bien que ce qu'ils disent te chagrine. Glorifie alors les louanges de ton Seigneur et sois de ceux qui se prosternent » (al-Ḥijr, 97-98).
Selon Ibn Isḥāq, des notables vinrent dire à Abū Ṭālib : « Ton neveu insulte nos dieux, taxe d'idiotie nos pères et déstabilise nos jeunes. Soit tu l'arrêtes, soit tu nous le livres. » Abū Ṭālib les éconduisit avec douceur. Ils repartirent, mais le Prophète ﷺ, lui, continua sa prédication. La pression s'accentua.
Quelques mois plus tard, ils revinrent plus durs : « Nous ne pouvons plus tolérer qu'il insulte nos pères et nos dieux. Ou tu le fais cesser, ou nous le combattons et toi avec lui. » Abū Ṭālib, ébranlé, fit dire à son neveu : « Mon fils, ne me charge pas d'un fardeau que je ne pourrais porter. » Le Prophète ﷺ crut son oncle prêt à l'abandonner. Il répondit, les larmes aux yeux, par la phrase devenue célèbre : « Ô mon oncle, par Allah ! Quand bien même ils placeraient le soleil dans ma main droite et la lune dans ma gauche pour que j'abandonne cette mission, je ne l'abandonnerais pas, jusqu'à ce qu'Allah la fasse triompher ou que je périsse en l'accomplissant. » Il se leva pour partir. Abū Ṭālib le rappela et lui dit : « Va, mon neveu, dis ce que tu veux. Par Allah, je ne te livrerai jamais. »
La troisième fois, ils vinrent avec ʿUmāra ibn al-Walīd, jeune homme robuste de Quraysh : « Prends-le pour fils — son intelligence et sa force seront tiennes — et livre-nous Muḥammad pour le tuer. C'est un homme contre un homme. » Abū Ṭālib s'écria : « Par Allah, vous m'apportez une chose monstrueuse ! Vous me donnez votre fils pour que je le nourrisse, et vous voulez que je vous donne mon neveu pour que vous le tuiez ? Cela ne sera pas, par Allah ! » Mubārakpūrī rapporte cette scène d'après Ibn Hishām.
ʿUtba ibn Rabīʿa, l'un des chefs les plus respectés, vint un jour s'asseoir près du Prophète ﷺ : « Mon neveu, tu connais notre place chez Quraysh. Si c'est de l'argent que tu veux, nous te ferons le plus riche d'entre nous. Si c'est l'honneur, nous te ferons notre chef. Si c'est la royauté, nous te couronnerons. Et si c'est un démon qui te visite et que tu ne peux chasser, nous te trouverons les meilleurs médecins. » Le Prophète ﷺ écouta jusqu'au bout, puis lui récita le début de la sourate Fuṣṣilat (Ḥā Mīm as-Sajda) jusqu'au verset de prosternation. ʿUtba retourna chez les siens en disant : « J'ai entendu une parole comme je n'en ai jamais entendu : ce n'est ni de la poésie, ni de la magie, ni de la divination. »
« Dis : "Ô vous les mécréants, je n'adore pas ce que vous adorez, et vous n'êtes pas adorateurs de ce que j'adore" » (al-Kāfirūn, 1-3). Quraysh proposa : « Que Muḥammad adore nos dieux pendant un an, et nous adorerons son Dieu pendant un an. » Allah répondit en révélant la sourate al-Kāfirūn, qui ferme à jamais la porte du syncrétisme. Le Prophète ﷺ, lui, leur avait offert une seule parole : « Lā ilāha illā Allāh — par elle vous régneriez sur les Arabes et les non-Arabes. » Abū Jahl répondit : « Cette parole-là, jamais ! »
Devant l'échec de tous les compromis, les notables relâchèrent la bride à la persécution physique. Les croyants protégés par leur clan (Abū Bakr, ʿUthmān, etc.) souffrirent surtout par les insultes et la pression sociale. Mais ceux qui n'avaient pas de protecteur — Bilāl, Sumayya, Yāsir, ʿAmmār, Khabbāb, Ṣuhayb — subirent les pires sévices : rocher sur la poitrine au plein soleil, brûlure sur le dos, lance dans le ventre. C'est cette persécution qui poussera bientôt le Prophète ﷺ à autoriser l'émigration vers l'Abyssinie.