Zayd ibn Ḥāritha · Le bien-aimé · Seul Compagnon nommé dans le Coran · ~581 – 8 H
Zayd ibn Ḥāritha al-Kalbī est l'unique Compagnon dont le nom propre apparaît dans le Coran (al-Aḥzāb 37). Capturé en bas âge dans une razzia avec sa mère, vendu comme esclave, il fut acheté par Khadīja et offert au Prophète ﷺ avant la mission prophétique. Quand son père Ḥāritha al-Kalbī finit par retrouver sa trace et vint à Makka pour le racheter, le Prophète ﷺ proposa à Zayd de choisir librement : retourner avec son père et son oncle, ou rester. Zayd choisit Muḥammad ﷺ : « Je n'échangerais personne contre lui. » Bouleversé, le Prophète ﷺ l'affranchit publiquement à la Kaʿba et l'adopta comme fils — il fut désormais appelé « Zayd ibn Muḥammad ». Il fut parmi les tout premiers convertis (3ᵉ ou 4ᵉ après Khadīja, ʿAlī et Abū Bakr). Le verset al-Aḥzāb 5 abolit ensuite cette filiation adoptive et restitua à chacun le nom de son père biologique. Mari d'Umm Ayman, père d'Usāma — le « bien-aimé du fils du bien-aimé » —, Zayd commanda l'expédition de Muʾta en 8 H et y tomba le premier en martyr.
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« Puis quand Zayd eut cessé toute relation avec elle, Nous te la fîmes épouser, afin qu'il n'y ait aucune gêne pour les croyants au sujet des épouses de leurs fils adoptifs. »
Source : Coran, al-Aḥzāb 33:37 — verset où Zayd est l'unique Compagnon nommé directement dans le Coran
Zayd naquit chez les Banū Kalb, une tribu noble du Najd, fils de Ḥāritha ibn Sharāḥīl et de Suʿdā bint Thaʿlaba des Banū Maʿn. Quand il avait environ huit ans, sa mère l'emmena chez sa propre tribu pour visiter sa famille. Sur le chemin du retour, leur caravane fut attaquée par une razzia de cavaliers ennemis. Zayd fut séparé de sa mère, capturé, et emmené pour être vendu comme esclave au grand marché de ʿUkāẓ près de Makka, où se rendaient les marchands de toute l'Arabie.
Selon la version la plus connue, Zayd fut acheté à ʿUkāẓ par Ḥakīm ibn Ḥizām, neveu de Khadīja bint Khuwaylid, qui le ramena à Makka. Khadīja le prit auprès d'elle, puis l'offrit en cadeau à son époux Muḥammad ﷺ — c'était avant la prophétie. Le jeune Zayd grandit dès lors dans la maison du Prophète ﷺ, qui le traita avec une douceur exceptionnelle pour un esclave : il vivait comme un membre de la famille, mangeait à la même table, recevait l'éducation des fils de la maison.
Pendant ce temps, son père Ḥāritha avait fait toutes les recherches possibles, sans résultat — il composait des vers de douleur, errait à sa recherche année après année. Un jour, des hommes du clan Kalb passèrent à Makka pour le pèlerinage et reconnurent Zayd. Ils lui demandèrent : « N'es-tu pas le fils de Ḥāritha ? » Zayd, ému, leur confia son identité et leur demanda de transmettre des vers à son père. Ḥāritha, dès qu'il l'apprit, prit avec lui son frère Kaʿb et son oncle Jabala, partit pour Makka et se présenta au Prophète ﷺ avec une rançon : « Rends-nous notre fils. Nomme un prix, et nous te paierons. Nous t'en remercierons. »
Le Prophète ﷺ répondit avec la magnanimité qui le caractérisait : « Je vais vous proposer mieux. Faites-le venir, et qu'il choisisse lui-même : s'il vous choisit, il est à vous sans rançon ; et s'il me choisit — par Allah — je n'échangerais celui qui m'a choisi contre quiconque. » On fit venir Zayd. Devant son père, son oncle, et le Prophète ﷺ, il regarda et dit, sans hésiter : « Je n'échangerais personne contre lui. Cet homme est pour moi à la place du père et de l'oncle. » Le père de Zayd, abasourdi, demanda : « Malheur à toi, Zayd, tu préfères l'esclavage à la liberté ? » Zayd répondit : « J'ai vu chez cet homme des choses que je n'échangerais contre aucune autre. » Bouleversé, le Prophète ﷺ se leva, prit Zayd par la main, l'amena à la Kaʿba, et déclara publiquement : « Témoignez tous : Zayd est mon fils, il hérite de moi et j'hérite de lui. » Il l'affranchit et l'adopta. Désormais, on l'appellera « Zayd ibn Muḥammad ». Son père Ḥāritha repartit, partagé entre la perte et la fierté.
Quand le Prophète ﷺ reçut la première révélation à Ḥirāʾ et rentra bouleversé, Zayd vivait sous le même toit. Il était un témoin direct de ce qui se déroulait : il vit le Prophète ﷺ trembler et appeler Khadīja, il assista aux conversations avec Waraqa ibn Nawfal, il fut présent quand Khadīja crut en premier. Cette proximité le prédisposait à embrasser l'islam dès qu'il fut appelé. Ibn Isḥāq et al-Wāqidī rapportent qu'il est considéré le 3ᵉ ou 4ᵉ converti — selon les classifications : Khadīja la première, puis ʿAlī (enfant), puis Zayd (jeune adulte), puis Abū Bakr — ou Abū Bakr en premier après les femmes/enfants. Quel que soit l'ordre exact, Zayd appartient au petit cercle inaugural des fondateurs.
Sa foi était indissociable de son amour pour le Prophète ﷺ — non pas dans le sens où il aurait suivi par dépendance, mais dans le sens où le choix qu'il avait fait quelques années plus tôt, devant son père, se révélait maintenant comme un signe : il avait reconnu en Muḥammad ﷺ une vérité avant même que la révélation ne descende. Quand cette vérité prit forme, Zayd l'embrassa naturellement.
Le Prophète ﷺ maria Zayd à Umm Ayman, dont le vrai nom était Baraka — l'esclave éthiopienne héritée de son propre père ʿAbdullāh, sa nourrice qui l'avait élevé après la mort de sa mère Āmina. Le Prophète ﷺ disait d'Umm Ayman : « Elle est ma mère après ma mère. » De cette union naquit Usāma ibn Zayd, qui deviendra le « ḥibb ibn al-ḥibb » — le bien-aimé fils du bien-aimé. Le Prophète ﷺ portait Usāma sur une cuisse et son petit-fils al-Ḥasan sur l'autre, en disant : « Allah, je les aime tous les deux, aime-les ! » (Bukhārī).
Le Prophète ﷺ insista pour marier Zayd à sa propre cousine, Zaynab bint Jaḥsh, une noble de Quraysh — bouleversant la hiérarchie sociale en mariant l'ancienne esclave à une aristocrate. Zaynab refusa d'abord ; le verset al-Aḥzāb 36 descendit alors : ﴿وَمَا كَانَ لِمُؤْمِنٍ وَلَا مُؤْمِنَةٍ إِذَا قَضَى ٱللَّهُ وَرَسُولُهُ أَمْرًا أَن يَكُونَ لَهُمُ ٱلْخِيَرَةُ مِنْ أَمْرِهِمْ﴾ — « Il n'appartient pas à un croyant ou à une croyante, lorsqu'Allah et Son Messager ont décidé d'une affaire, d'avoir la liberté du choix. » Le mariage eut lieu mais ne fonctionna pas — Zaynab méprisait l'origine modeste de Zayd. Zayd vint plusieurs fois trouver le Prophète ﷺ pour annoncer son intention de divorcer ; le Prophète ﷺ lui répondait : « Garde ton épouse et crains Allah » (al-Aḥzāb 37). Quand le divorce fut finalement prononcé, Allah révéla que le Prophète ﷺ lui-même devait épouser Zaynab — pour abolir le tabou des « épouses des fils adoptifs » qui étaient considérées comme des belles-filles de sang dans la coutume arabe. Le verset al-Aḥzāb 5 abolit alors la filiation adoptive : ﴿ٱدْعُوهُمْ لِآبَائِهِمْ هُوَ أَقْسَطُ عِندَ ٱللَّهِ﴾ — « Appelez-les du nom de leurs pères : c'est plus équitable auprès d'Allah. » Zayd cessa d'être appelé « ibn Muḥammad » et redevint Zayd ibn Ḥāritha.
Zayd était un commandant militaire de premier plan. Il dirigea de nombreuses sariyyas (expéditions sans le Prophète ﷺ) : al-ʿĪṣ, aṭ-Ṭaraf, Wādī al-Qurā, Ḥismā, al-Jamūm, et plusieurs autres. ʿĀʾisha, fille d'Abū Bakr, dira après sa mort : « Le Prophète ﷺ ne l'envoya jamais en expédition sans le placer comme commandant. » Sa simple présence parmi les troupes signifiait qu'il en était le chef.
En Jumādā I 8 H, le Prophète ﷺ envoya une armée de 3 000 hommes vers Muʾta (au sud de l'actuelle Jordanie) pour venger l'assassinat de son émissaire al-Ḥārith ibn ʿUmayr par le gouverneur ghassānide. À Muʾta, ils découvrirent une armée combinée byzantino-arabe estimée à 200 000 hommes — un rapport de force d'environ 1 contre 70. Avant le départ, le Prophète ﷺ avait nommé une chaîne de commandement exceptionnelle (al-Bukhārī n°4261) : « Votre commandant est Zayd ibn Ḥāritha. S'il tombe, c'est Jaʿfar ibn Abī Ṭālib. Si Jaʿfar tombe, c'est ʿAbdullāh ibn Rawāḥa. S'il tombe, que les musulmans choisissent un homme parmi eux. »
La bataille fut acharnée. Zayd, l'étendard à la main, tomba le premier, percé de coups, en martyr. Jaʿfar ibn Abī Ṭālib ramassa l'étendard. Quand on lui trancha la main droite, il le tint de la gauche. Quand on lui trancha la gauche, il le serra contre sa poitrine, jusqu'à recevoir une blessure mortelle ; on dénombra plus tard quatre-vingt-dix blessures sur son corps, toutes par devant — pas une dans le dos. Allah lui accorda en échange de ses bras coupés deux ailes au Paradis, d'où son nom Jaʿfar aṭ-Ṭayyār. Puis ʿAbdullāh ibn Rawāḥa, le poète, ramassa l'étendard et tomba à son tour. Alors Khālid ibn al-Walīd — récemment converti — fut désigné par les Compagnons. Il sauva l'armée par un stratagème ingénieux : changer les ailes de l'armée pendant la nuit, soulever la poussière pour faire croire à des renforts, et amener un repli ordonné. C'est ce jour-là que le Prophète ﷺ l'appellera « Sayf min suyūf Allāh » — une épée d'Allah.
Le Prophète ﷺ, à Madīna, sut par révélation ce qui s'était passé avant que la nouvelle n'arrive officiellement. Il monta sur le minbar, les yeux baignés de larmes, et annonça aux Compagnons (al-Bukhārī n°4262) : « Zayd a pris l'étendard et il est tombé en martyr. Puis Jaʿfar l'a pris et il est tombé en martyr. Puis ʿAbdullāh ibn Rawāḥa l'a pris et il est tombé en martyr. Puis l'étendard a été pris par une épée parmi les épées d'Allah, et Allah leur a accordé la victoire. » Quand l'armée revint, le Prophète ﷺ alla pleurer dans la maison de Zayd, près d'Umm Ayman ; il prit Usāma dans ses bras, l'embrassa, et pleura.
Le Prophète ﷺ reporta sur Usāma ibn Zayd tout l'amour qu'il avait pour son père. Il l'éleva avec ses petits-fils al-Ḥasan et al-Ḥusayn. Juste avant son décès en 11 H, le Prophète ﷺ désigna Usāma — alors âgé de seulement 18 ans — commandant en chef d'une expédition vers la Syrie pour venger Muʾta. Quelques Compagnons critiquèrent la jeunesse d'Usāma ; le Prophète ﷺ répondit avec colère : « Si vous critiquez son commandement, vous aviez aussi critiqué celui de son père avant lui — et par Allah, il était digne du commandement et le plus aimé des hommes auprès de moi, et celui-ci est le plus aimé des hommes après lui. » (Bukhārī n°4250). Quand le Prophète ﷺ mourut, Abū Bakr — devenu calife — confirma l'expédition, malgré tous les troubles, par fidélité au commandement prophétique.