Khālid ibn al-Walīd · Sayf Allāh al-Maslūl · L'Épée d'Allah dégainée · ~592 – 21 H
Khālid ibn al-Walīd al-Makhzūmī est, sans conteste, le plus grand génie militaire de l'histoire de l'Islam, et l'un des plus grands tacticiens de l'histoire universelle. Issu des Banū Makhzūm — l'un des trois clans dirigeants de Quraysh — son père al-Walīd ibn al-Mughīra fut l'un des chefs et l'un des plus virulents opposants à l'islam (le Coran le mentionne en al-Muddaththir 11-26). Khālid commença par combattre contre le Prophète ﷺ : à Uḥud, c'est lui, à la tête de la cavalerie de Quraysh, qui changea le cours de la bataille en attaquant les musulmans par derrière après que les archers aient quitté leur position. Il se convertit en 7 H, entre Ḥudaybiyya et Khaybar, avec ʿAmr ibn al-ʿĀṣ et ʿUthmān ibn Ṭalḥa. Le Prophète ﷺ s'écria : « Quraysh m'a livré ses meilleurs joyaux ! » Dès la bataille de Muʾta en 8 H, il sauva l'armée musulmane en ramassant l'étendard tombé des mains des trois commandants désignés ; le Prophète ﷺ l'appela ce jour-là Sayf min suyūf Allāh — « une épée d'Allah dégainée ». Il dirigea les guerres de la ridda, la conquête de l'Irak, la traversée du désert syrien, la victoire décisive de Yarmūk. Il mourut sur son lit en 21 H, désolé de ne pas être tombé en martyr.
Disponible sur ordinateur
« Quel excellent serviteur d'Allah est Khālid ibn al-Walīd ! Une épée parmi les épées d'Allah, qu'Allah a dégainée contre les mécréants et les hypocrites. »
Source : Rapporté par at-Tirmidhī (n°3846) et Aḥmad — déclaré bon (ḥasan) par les muḥaddithīn
Khālid naquit vers 592 G à Makka, dans la maison du chef qurayshite al-Walīd ibn al-Mughīra al-Makhzūmī. Son père était l'une des figures les plus influentes de la Makka pré-islamique : riche commerçant, l'un des juges de Quraysh, l'un des plus farouches opposants du Prophète ﷺ. Le Coran le mentionne dans al-Muddaththir 11-26 comme l'homme à qui Allah a donné des biens, des fils, du prestige, et qui a néanmoins choisi de qualifier le Coran de « parole des humains » — promettant qu'il serait jeté dans Saqar. Khālid grandit donc dans une atmosphère hostile à la mission. Il fut formé jeune au métier des armes : équitation, lance, sabre, archerie, tactique. Il devint très tôt l'un des cavaliers les plus craints de toute Arabie.
Khālid était absent de Badr (raison non précisée dans les sources). À Uḥud (3 H), il commandait l'aile droite de la cavalerie de Quraysh — environ 200 chevaux. Au début de la bataille, les musulmans victorieux poursuivirent les Quraysh en déroute. Les archers placés par le Prophète ﷺ sur le mont Rumāh, malgré l'ordre formel de ne pas bouger, descendirent pour ramasser le butin — pensant la bataille gagnée. Khālid, observateur méthodique, vit immédiatement la brèche. Il rassembla rapidement sa cavalerie et lança une charge en arc pour contourner la position des archers et attaquer les musulmans par derrière. Cette manœuvre, exécutée avec une précision chirurgicale, transforma la victoire musulmane en désastre — le Prophète ﷺ fut blessé, Ḥamza tué, ʿAlī, Abū Bakr et d'autres se battant pour défendre le Messager d'Allah ﷺ. C'est dans cette bataille que le génie tactique de Khālid se révéla.
En 6 H, à al-Ḥudaybiyya, Khālid commandait la cavalerie qurayshite envoyée bloquer la route du Prophète ﷺ qui voulait accomplir la ʿumra. Le Prophète ﷺ — informé de cette présence — changea son itinéraire et passa par une route détournée pour éviter l'affrontement, ce qui mena finalement au traité de Ḥudaybiyya. Khālid raconta plus tard qu'il fut profondément impressionné par cette manœuvre : un homme qu'il considérait comme un ennemi avait évité la bataille avec une telle élégance.
Après Ḥudaybiyya, le climat à Makka changea. Khālid, qui avait toujours admiré la maîtrise stratégique du Prophète ﷺ malgré son hostilité, commença à douter du paganisme de ses pères. Son frère al-Walīd ibn al-Walīd s'était déjà converti et lui écrivait de Madīna : « Je n'ai jamais vu le Prophète ﷺ s'enquérir de quelqu'un comme il s'est enquis de toi. Il a dit : "Un homme comme Khālid — comment ne connaîtrait-il pas l'islam ?" » (rapporté par al-Wāqidī, Ibn Saʿd). Cette parole bouleversa Khālid.
En Ṣafar 7 H, entre Ḥudaybiyya et la conquête de Khaybar, Khālid décida de partir. Sur la route, il croisa ʿAmr ibn al-ʿĀṣ — autre ennemi célèbre des musulmans, futur conquérant de l'Égypte — qui revenait d'Éthiopie où le Négus l'avait orienté vers l'islam. Et puis ʿUthmān ibn Ṭalḥa — le gardien des clés de la Kaʿba — les rejoignit. Les trois arrivèrent ensemble à Madīna et furent introduits auprès du Prophète ﷺ. Ce dernier dit, son visage rayonnant : « Quraysh m'a livré ses meilleurs joyaux ! » Les trois prêtèrent serment d'allégeance. Khālid demanda au Prophète ﷺ de prier Allah pour qu'Il lui pardonne tout ce qu'il avait fait contre l'islam — particulièrement Uḥud — et le Prophète ﷺ accepta : « Khālid, l'islam efface ce qui le précède. »
Khālid resta toute sa vie marqué par ce qu'il avait fait à Uḥud. Il se précipita dans toutes les batailles avec une intensité que les historiens lient à ce regret — comme s'il voulait racheter par dix victoires islamiques la défaite qu'il avait infligée aux musulmans. Cette intensité ne le quitta plus.
En Jumādā I 8 H, à Muʾta, Khālid combattit en simple soldat parmi les 3 000. Mais quand les trois commandants désignés tombèrent successivement — Zayd ibn Ḥāritha, Jaʿfar ibn Abī Ṭālib, ʿAbdullāh ibn Rawāḥa —, les Compagnons cherchèrent un nouveau chef. Thābit ibn al-Arqam saisit l'étendard et le tendit à Khālid. Khālid hésita — il était récent dans l'islam — mais Thābit insista : « Tu connais mieux que moi la guerre. » Khālid prit le commandement. Devant 200 000 ennemis et avec 3 000 hommes seulement, il appliqua un stratagème remarquable : il changea les ailes de son armée pendant la nuit (faisant croire à des renforts), fit soulever une grande poussière par les bagages à l'arrière (faisant croire à une seconde armée arrivant), et entama un repli ordonné tout en infligeant des pertes. Il sauva ainsi presque toute l'armée — un exploit que les historiens militaires considèrent comme l'une des plus brillantes manœuvres défensives de l'histoire. À Madīna, le Prophète ﷺ — qui avait vu la scène par révélation — annonça la nouvelle avant l'arrivée des messagers, et déclara : « L'étendard a été pris par une épée parmi les épées d'Allah (Sayf min suyūf Allāh), et Allah leur a accordé la victoire. » Le titre Sayf Allāh resta attaché à Khālid à jamais. À cette bataille, il rapporte avoir brisé neuf sabres dans ses mains, ne lui restant qu'un sabre yéménite à la fin du combat.
En Ramaḍān 8 H, le Prophète ﷺ marcha sur Makka avec 10 000 hommes. Il divisa son armée en quatre colonnes, et confia à Khālid la colonne sud, par où entreraient des éléments de Quraysh. À al-Khandama, Khālid rencontra une brève résistance armée — seul affrontement de cette journée — qu'il dispersa rapidement avec une douzaine de pertes. Quelques jours plus tard, le Prophète ﷺ envoya Khālid détruire l'idole d'al-ʿUzzā à Nakhla, l'une des grandes idoles de Quraysh. Khālid l'abattit et reçut la confirmation prophétique : « C'était bien al-ʿUzzā ; elle ne sera plus jamais adorée. »
Peu après la conquête de Makka, le Prophète ﷺ envoya Khālid avec une expédition vers la tribu des Banū Jadhīma pour les inviter à l'islam. À leur arrivée, les Banū Jadhīma posèrent leurs armes en disant « ṣabaʾnā ṣabaʾnā » — formule que les Arabes utilisaient pour désigner ceux qui avaient quitté la religion ancestrale, sans que cela signifie clairement « nous sommes musulmans ». Khālid interpréta cela comme une opposition et tua plusieurs hommes, captura les autres. Le Prophète ﷺ, en apprenant la nouvelle, leva les mains vers le ciel et dit : « Ô Allah, je me déclare innocent de ce qu'a fait Khālid » (al-Bukhārī n°4339). Il envoya ʿAlī ibn Abī Ṭālib avec une dīya (compensation) pour réparer chaque mort, chaque chien tué, chaque blessure. Khālid se justifia en disant que « ṣabaʾnā » n'était pas « aslamnā ». Le Prophète ﷺ ne le destitua pas — il connaissait son cœur — mais le maintint dans une position où sa zèle militaire restait sous contrôle.
À Ḥunayn (8 H), Khālid commandait l'avant-garde et fut blessé dans la première phase, quand l'armée musulmane fut surprise par les flèches des Hawāzin. Il participa également à Tabūk et à plusieurs expéditions postérieures, dont la mission auprès d'Ukaydir de Dūmat al-Jandal qu'il captura.
À la mort du Prophète ﷺ en 11 H, plusieurs tribus arabes apostasièrent ou refusèrent de payer la zakāt. Abū Bakr, devenu calife, divisa la péninsule en zones et confia à Khālid la mission la plus dure : combattre Ṭulayḥa al-Asadī, prophète menteur, puis Mālik ibn Nuwayra, et enfin l'apostat le plus dangereux : Musaylama al-Kadhdhāb et les Banū Ḥanīfa. À la bataille de l'Yamāma (12 H), terrible affrontement, les musulmans furent d'abord repoussés, mais Khālid réorganisa l'armée par tribus, leva le moral des troupes, et lança l'assaut décisif. Musaylama fut tué — par le javelot de Waḥshī, le même qui avait tué Ḥamza, racheté ainsi par le sang de ce faux prophète. Mais la bataille coûta très cher : on dénombra environ 700 récitateurs du Coran tombés en martyrs — choc qui poussa Abū Bakr à ordonner la compilation du Coran en un mushaf unique, sur le conseil de ʿUmar.
En 12-13 H, Khālid reçut l'ordre de marcher sur la Perse. Il remporta plusieurs batailles éclairs en Iraq : Dhāt as-Salāsil, al-Madhār, al-Walaja, Ullays, al-Ḥīra, al-Anbār, ʿAyn at-Tamr. Puis Abū Bakr l'appela en renfort en Syrie où l'armée musulmane peinait face aux Byzantins. Khālid effectua alors l'une des plus extraordinaires marches forcées de l'histoire militaire : il traversa le désert syrien, sans points d'eau, pendant cinq jours, en faisant boire ses chameaux à pleine capacité au départ et en les saignant pour donner à boire aux hommes. Il déboucha à Sūwā près de Damas, prenant les Byzantins entièrement par surprise.
En 15 H (636 G), au bord du fleuve Yarmūk, Khālid affronta l'armée byzantine de Théodore Trithyrius — environ 100 000 à 150 000 hommes selon les sources — avec 40 000 musulmans. La bataille dura six jours. Khālid commandait l'ensemble du front. Au sixième jour, il lança son célèbre « régiment de la mort » et exécuta une manœuvre d'enveloppement total qui poussa les Byzantins dans les ravins du Yarmūk. La défaite byzantine fut totale ; Héraclius dira en quittant la Syrie : « Adieu, ô Syrie ! Quelle excellente terre nous laissons à l'ennemi. » Yarmūk marque la fin définitive de la présence byzantine au Levant.
Pendant la bataille de Yarmūk même, un messager arriva avec une lettre du calife ʿUmar : « Khālid est démis du commandement en chef ; Abū ʿUbayda ibn al-Jarrāḥ prend la direction. » Khālid, par sagesse, cacha la lettre jusqu'à la fin de la bataille pour ne pas démoraliser les troupes. La victoire acquise, il remit l'étendard à Abū ʿUbayda et accepta sereinement le retour au rang de simple commandant de division. Quand on l'interrogea, il répondit : « Je combats pour le Maître d'ʿUmar, pas pour ʿUmar. » ʿUmar expliqua plus tard sa décision : « J'ai craint que les gens ne mettent leur confiance en Khālid plutôt qu'en Allah, comme s'il était invincible par lui-même. Je l'ai déposé pour que l'on sache que la victoire vient d'Allah, non d'un homme. » Khālid, en apprenant cette explication, dit avec lucidité : « C'était une cupidité humaine que de penser à mon rang. »
Khālid mourut en 21 H (~642 G) — selon les versions à Ḥimṣ en Syrie ou à Madīna — à environ 50 ans. Sur son lit de mort, il pleura amèrement et dit ces mots célèbres : « J'ai participé à tant de batailles que je n'ai pas une partie de mon corps qui ne porte la marque d'un coup, d'une flèche ou d'une blessure. Et pourtant je meurs sur mon lit comme meurt un chameau. Que les yeux des lâches ne dorment pas en paix ! » Il regrettait de ne pas être tombé en martyr. ʿUmar, en apprenant sa mort, pleura et dit : « Que les femmes des Banū Makhzūm pleurent Abū Sulaymān, car nul comme lui ne reviendra. »