Ḥamza ibn ʿAbd al-Muṭṭalib · Asad Allāh · Sayyid ash-Shuhadāʾ · ~568 – 3 H
Ḥamza ibn ʿAbd al-Muṭṭalib est l'oncle paternel du Prophète ﷺ, mais de quatre années à peine son aîné, et son frère de lait par la nourrice Thuwayba — esclave d'Abū Lahab — qui les allaita tous deux. Avant l'islam, il était l'un des hommes les plus craints et les plus respectés de Quraysh : chasseur intrépide, fort comme un lion, fier de sa lignée Hāshim. Sa conversion, vers la sixième année de la mission, transforma le rapport de force à Makka : pour la première fois, les Compagnons les plus faibles sentirent qu'un protecteur de poids les couvrait. Le Prophète ﷺ le surnomma Asad Allāh wa Asad rasūlih, « Lion d'Allah et Lion de Son Messager ». À Badr, il ouvrit le combat en duel et tua ʿUtba ibn Rabīʿa. Mais à Uḥud, en l'an 3 H, l'esclave éthiopien Waḥshī, payé par Hind bint ʿUtba pour venger son père, lui transperça le bas-ventre d'un javelot court. Hind mutila son corps, lui arrachant le foie. Le Prophète ﷺ pleura amèrement et le surnomma Sayyid ash-Shuhadāʾ — « Maître des martyrs ».
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« Le Maître des martyrs au Jour du jugement est Ḥamza ibn ʿAbd al-Muṭṭalib. »
Source : Rapporté par al-Ḥākim dans al-Mustadrak (n°4884) et aṭ-Ṭabarānī — déclaré authentique par adh-Dhahabī
Ḥamza naquit à Makka vers 568 de l'ère commune, environ quatre années avant le Prophète ﷺ. Il était fils d'ʿAbd al-Muṭṭalib, le chef vénéré de Quraysh, et donc oncle paternel direct de Muḥammad ﷺ. Mais leur âge proche les liait davantage comme frères que comme oncle et neveu. À cela s'ajoutait un autre lien : tous deux furent allaités par Thuwayba, l'esclave d'Abū Lahab — Ḥamza était donc aussi son frère de lait. Pendant quelques jours, Ḥamza fut également allaité par Ḥalīma as-Saʿdiyya, la nourrice qui éleva ensuite le Prophète ﷺ chez les Banū Saʿd.
Adulte, Ḥamza s'imposa comme l'un des hommes les plus puissants physiquement de tout Quraysh. Il aimait la chasse dans les montagnes et les vallées entourant Makka, partant pour des journées entières son arc à la main. Il était reconnu pour sa force au corps à corps, son sang-froid, et une fierté tranquille de sa lignée Hāshim. Quraysh le craignait autant qu'elle le respectait. Avant l'islam, il n'était pas spécialement religieux ni philosophe — il vivait selon l'éthique chevaleresque de l'Arabie : honneur, hospitalité, vengeance. C'est précisément cette éthique qui sera la porte par laquelle l'islam entrera dans son cœur.
Vers la sixième année de la mission, Abū Jahl rencontra le Prophète ﷺ près du mont Ṣafā et l'accabla d'insultes graves, avant de le frapper à la tête avec un caillou — le sang coula sur le visage du Messager d'Allah ﷺ. Le Prophète ﷺ ne répondit pas et continua son chemin. Une esclave d'ʿAbdullāh ibn Judʿān, qui se trouvait dans une maison voisine, observa toute la scène depuis sa fenêtre.
Ce jour-là, Ḥamza était parti à la chasse dans les montagnes de Makka. À son retour, l'arc encore à l'épaule, il passa devant la maison où l'esclave avait tout vu. Selon son habitude, il faisait le tour de la Kaʿba avant de rentrer. L'esclave l'arrêta : « Abū ʿUmāra ! Si seulement tu avais vu ce qu'a subi ton neveu Muḥammad de la part d'Abū l-Ḥakam ibn Hishām (Abū Jahl) ! Il l'a injurié, il l'a frappé jusqu'au sang, et Muḥammad n'a rien répondu. » Ḥamza, animé d'abord par la fierté tribale — l'idée qu'on ne touche pas à un fils des Hāshim — entra en fureur. Il fonça vers la Kaʿba sans même rentrer chez lui.
Il trouva Abū Jahl assis avec un cercle de chefs de Quraysh dans la cour de la Kaʿba. Sans un mot, Ḥamza s'avança, leva son arc, et lui en assena un coup violent à la tête — entaillant le crâne profondément. Puis il déclara à haute voix : « Tu insultes Muḥammad alors que je suis sur sa religion ? Je dis ce qu'il dit. Si tu peux, rends-moi le coup. » Les hommes des Banū Makhzūm se levèrent pour défendre Abū Jahl, mais celui-ci leur ordonna de reculer : « Laissez Abū ʿUmāra. J'ai en effet insulté son neveu durement. » Ḥamza venait d'entrer en islam par fierté tribale. Mais les ouvrages de Sīra (Ibn Isḥāq, Ibn Hishām) rapportent qu'il rentra chez lui troublé : « Suis-je devenu apostat de la religion de mes pères pour une simple colère ? » Il pria longuement, et Allah purifia son intention, lui ouvrit le cœur, et lui donna la certitude. Le lendemain, sa foi était devenue véritable, fondée non plus sur l'honneur tribal mais sur la vérité du tawḥīd. Sa conversion changea le rapport de force à Makka : pour la première fois, les Compagnons sentirent qu'un protecteur de stature les couvrait.
À Badr (17 Ramaḍān 2 H), Ḥamza fut placé en première ligne et porta l'étendard des Muhājirūn. Quand les Quraysh demandèrent le rituel arabe du duel d'ouverture (mubāraza), trois champions sortirent de leurs rangs : ʿUtba ibn Rabīʿa, son frère Shayba, et le fils d'ʿUtba al-Walīd. Le Prophète ﷺ envoya en face : Ḥamza, ʿAlī, et ʿUbayda ibn al-Ḥārith. Ḥamza affronta ʿUtba — chef de Quraysh, l'un des plus puissants — et le tua promptement. ʿAlī tua al-Walīd. ʿUbayda combattit Shayba — tous deux blessés, mais Ḥamza et ʿAlī revinrent achever Shayba. Le moral des Quraysh fut ébranlé dès cette ouverture, et la bataille tourna en faveur des musulmans.
Ḥamza avait tué ʿUtba ibn Rabīʿa, le père de Hind bint ʿUtba (épouse d'Abū Sufyān), et son frère al-Walīd. Hind, dévastée, jura de venger son père et son frère par le sang de Ḥamza. Elle promit à un esclave éthiopien d'al-ʿAbbās ibn al-Mughīra al-Jumaḥī, nommé Waḥshī, expert dans le maniement du javelot court à la mode éthiopienne, de l'affranchir s'il tuait Ḥamza dans la prochaine bataille.
Après Badr, le Prophète ﷺ confia à Ḥamza l'étendard dans l'expédition contre les Banū Qaynuqāʿ, la tribu juive de Madīna qui avait rompu le pacte. Il participa également à plusieurs sariyyas et expéditions de reconnaissance. Sa simple présence intimidait les ennemis. Il vivait simplement, partageant ses repas avec les pauvres, et restait proche des Compagnons les plus modestes.
En Shawwāl 3 H, l'armée de Quraysh marcha sur Madīna pour venger Badr. Sur le flanc du mont Uḥud, les deux armées s'affrontèrent. Ḥamza combattait avec deux épées, terrassant les ennemis l'un après l'autre. Waḥshī, l'esclave éthiopien envoyé par Hind, ne le quittait pas du regard. Il restait à distance, javelot court caché, attendant patiemment une seule ouverture. Lui-même rapportera plus tard, après sa propre conversion, l'histoire dans Bukhārī (n°4072) : « J'étais un Éthiopien, expert au javelot. Le jour d'Uḥud, je sortis avec les gens. Je guettai Ḥamza derrière chaque arbre, chaque rocher. Quand je le vis abattre Sibāʿ ibn ʿAbd al-ʿUzzā, j'agitai mon javelot, le lançai — il s'enfonça dans son bas-ventre et ressortit entre ses jambes. Il voulut s'avancer vers moi mais s'effondra. »
Une fois la bataille apaisée et les musulmans repoussés temporairement, Hind bint ʿUtba et les femmes de Quraysh descendirent sur le champ de bataille. Hind retrouva le corps de Ḥamza. Dans sa rage, elle coupa son nez et ses oreilles, en fit des colliers et des bracelets qu'elle porta. Elle fendit sa poitrine, arracha son foie, le porta à sa bouche, le mâcha — puis, ne pouvant l'avaler, le recracha. Cette mutilation fut l'une des images les plus atroces de l'histoire de la Sīra.
Quand le Prophète ﷺ trouva le corps de son oncle, frère de lait et compagnon, il pleura comme jamais on ne l'avait vu pleurer, et dit (rapporté par Ibn Hishām) : « Jamais je ne serai éprouvé comme par toi. » Il ne put accomplir la prière entière en raison de la mutilation. Ṣafiyya bint ʿAbd al-Muṭṭalib, la sœur de Ḥamza et tante du Prophète ﷺ, arriva en courant pour voir son frère. Le Prophète ﷺ envoya son fils az-Zubayr ibn al-ʿAwwām la dissuader. Elle insista avec patience : « J'ai entendu ce qu'ils ont fait à mon frère. Mais c'est dans le sentier d'Allah ; nous serons patients et nous demandons la rétribution à Allah. » Le Prophète ﷺ permit alors qu'elle s'approche.
Ḥamza fut enterré sur place, sur le champ d'Uḥud, avec son neveu ʿAbdullāh ibn Jaḥsh, dans une même tombe, sous une seule couverture trop courte pour les deux : si l'on couvrait la tête, les pieds dépassaient, et inversement. Le Prophète ﷺ ordonna qu'on couvrît la tête et qu'on mît de l'herbe verte (idhkhir) sur les pieds. Quant à Waḥshī, il fuit après la conquête de Makka, terrifié. Quand il finit par se présenter au Prophète ﷺ — qui pourtant aurait pu le tuer — celui-ci accepta son islam à condition qu'il évitât de se présenter à lui par la suite, car la vue de son visage lui rappellerait Ḥamza. Waḥshī se rachètera magnifiquement aux guerres de la ridda, sous Abū Bakr, en tuant Musaylama le menteur à la bataille de l'Yamāma avec le même javelot qui avait tué Ḥamza, disant : « J'ai tué le meilleur des hommes par ignorance, et le pire des hommes pour me racheter. »