Zaynab bint Jaḥsh · Mariée par Allah du haut des sept cieux · ~593 – 20 H
Zaynab bint Jaḥsh est la cousine paternelle du Prophète ﷺ : sa mère Umayma bint ʿAbd al-Muṭṭalib est la tante du Prophète ﷺ et la sœur d'Ibn Zubayr le martyr. Issue des Banū Asad ibn Khuzayma — alliés des Quraysh —, Zaynab embrassa l'islam parmi les premières et fit la Hijra à Madīna. Le Prophète ﷺ, voulant abolir les barrières de classe dans l'umma, la maria contre son gré initial à Zayd ibn Ḥāritha, son ancien esclave devenu son fils adoptif. Le verset al-Aḥzāb 36 — « Il n'appartient pas à un croyant ou à une croyante, lorsque Allah et Son messager ont décrété une affaire, d'avoir le choix » — fut révélé pour elle. Le mariage avec Zayd ne fut pas heureux ; quand Zayd la répudia, Allah Lui-même fit descendre al-Aḥzāb 37 annonçant le mariage de Zaynab avec le Prophète ﷺ — sans intermédiaire humain : ﴿زَوَّجْنَاكَهَا﴾, « Nous te l'avons donnée pour épouse ». Ce mariage abolit définitivement la filiation par adoption dans l'islam. Zaynab se vantait — avec une fierté que les autres Mères des croyants pardonnaient — d'avoir été mariée par Allah au-dessus des sept cieux. Pieuse, généreuse, tisserande qui distribuait tous ses revenus aux pauvres, elle fut la première des épouses du Prophète ﷺ à le rejoindre dans l'au-delà, en l'an 20 H sous le califat d'ʿUmar.
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« Puis quand Zayd eut achevé d'avoir part avec elle, Nous te l'avons donnée pour épouse, afin qu'il n'y ait nul empêchement pour les croyants d'épouser les femmes de leurs fils adoptifs, quand ceux-ci ont cessé d'avoir part avec elles. Et l'ordre d'Allah doit être exécuté. »
Source : Coran, sourate al-Aḥzāb (33) verset 37 — verset par lequel Allah Lui-même contracte le mariage de Zaynab et abolit la filiation par adoption
Zaynab naquit vers 593 G à Makka, dans une famille des Banū Asad ibn Khuzayma alliée des Quraysh. Son père Jaḥsh ibn Riʾāb était mort, mais sa mère Umayma bint ʿAbd al-Muṭṭalib était la propre sœur du père du Prophète ﷺ, ce qui fait de Zaynab sa cousine germaine. Toute sa fratrie embrassa l'islam parmi les premiers : ʿAbdullāh ibn Jaḥsh (qui sera le premier émir d'une expédition militaire de l'islam — la sariyya de Nakhla — et martyr d'Uḥud, enterré dans la même tombe que son oncle Ḥamza), ʿAbd ar-Raḥmān ibn Jaḥsh, Abū Aḥmad ibn Jaḥsh (poète et émigré aveugle d'Abyssinie), et leurs sœurs Ḥamna (qui sera, hélas, parmi les calomniateurs de l'ifk) et Umm Ḥabīb.
Quand le Prophète ﷺ voulut marier Zayd ibn Ḥāritha — son ancien esclave qu'il avait affranchi et adopté comme fils, et que tout Madīna appelait « Zayd ibn Muḥammad » — il chercha pour lui une épouse de noble lignée afin de prouver concrètement que l'islam abolit les hiérarchies du sang. Il proposa Zaynab. Elle refusa : « Je suis de la noblesse, comment me marierais-tu à un affranchi ? » Son frère ʿAbdullāh refusa également. Allah révéla alors sourate al-Aḥzāb (33) verset 36 :
﴿وَمَا كَانَ لِمُؤْمِنٍ وَلَا مُؤْمِنَةٍ إِذَا قَضَى اللَّهُ وَرَسُولُهُ أَمْرًا أَن يَكُونَ لَهُمُ الْخِيَرَةُ مِنْ أَمْرِهِمْ ۗ وَمَن يَعْصِ اللَّهَ وَرَسُولَهُ فَقَدْ ضَلَّ ضَلَالًا مُّبِينًا﴾
« Il n'appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu'Allah et Son messager ont décrété une affaire, d'avoir encore le choix dans leur affaire. »
Zaynab et ʿAbdullāh inclinèrent immédiatement. « J'agrée le Messager d'Allah comme tuteur de mon affaire. » Elle épousa Zayd, avec une dot offerte par le Prophète ﷺ. Le verset, originellement contraignant, devint un principe général de soumission à la décision divine pour toute l'umma.
Le mariage entre Zaynab et Zayd ne fut pas heureux. Zayd vint plusieurs fois auprès du Prophète ﷺ se plaignant de l'incompatibilité — Zaynab gardait au fond du cœur le sentiment de sa supériorité de lignée, et Zayd en souffrait. Le Prophète ﷺ lui répétait : « Garde ton épouse et crains Allah. » Mais Allah savait ce que le Prophète ﷺ cachait dans son cœur : qu'il faudrait, pour abolir une fois pour toutes la filiation par adoption chez les Arabes, que le Prophète ﷺ lui-même épouse l'ex-épouse de son fils adoptif — chose impensable dans la jāhiliyya où l'adopté était traité comme le fils biologique et où sa femme divorcée était ḥarām pour le père adoptif comme pour le père biologique. Allah dit : ﴿وَتُخْفِي فِي نَفْسِكَ مَا اللَّهُ مُبْدِيهِ وَتَخْشَى النَّاسَ وَاللَّهُ أَحَقُّ أَن تَخْشَاهُ﴾ — « Tu cachais dans ton cœur ce qu'Allah va dévoiler ; tu craignais les gens alors qu'Allah est plus en droit que tu Le craignes » (al-Aḥzāb 37).
Zayd répudia Zaynab. Quand son ʿidda fut achevée, Allah révéla la suite du verset 37 : ﴿فَلَمَّا قَضَىٰ زَيْدٌ مِّنْهَا وَطَرًا زَوَّجْنَاكَهَا﴾ — « Nous te l'avons donnée pour épouse ». Le mariage fut contracté par Allah Lui-même sans walī humain ni cérémonie. Le Prophète ﷺ envoya Zayd lui-même annoncer la nouvelle à Zaynab — qui, en l'apprenant, se prosterna en remerciement. Elle disait par la suite, avec une fierté que les autres Mères des croyants pardonnaient (Bukhārī n°7420) :
« Vos familles vous ont mariées ; moi c'est Allah qui m'a mariée — du haut des sept cieux. »
Avec ce mariage, l'institution de la filiation par adoption (tabannī) fut définitivement abolie. Zayd cessa d'être appelé « ibn Muḥammad » ; les versets al-Aḥzāb 4-5 ordonnèrent : ﴿ادْعُوهُمْ لِآبَائِهِمْ هُوَ أَقْسَطُ عِندَ اللَّهِ﴾ — « Appelez-les du nom de leurs vrais pères, c'est plus équitable auprès d'Allah ».
Le Prophète ﷺ offrit une walīma exceptionnelle — Anas ibn Mālik la servait et raconte (Bukhārī n°4791, Muslim n°1428) qu'elle dépassa toutes les autres en abondance, avec un mouton entier offert et du pain en quantité. Après le repas, plusieurs invités s'attardèrent dans la maison à converser, gênant la nouvelle épouse. Le Prophète ﷺ sortit, fit le tour des chambres et revint — ils étaient encore là. Cette gêne déclencha la révélation du verset du ḥijāb : sourate al-Aḥzāb (33) verset 53 :
﴿يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تَدْخُلُوا بُيُوتَ النَّبِيِّ إِلَّا أَن يُؤْذَنَ لَكُمْ ۖ ... وَإِذَا سَأَلْتُمُوهُنَّ مَتَاعًا فَاسْأَلُوهُنَّ مِن وَرَاءِ حِجَابٍ﴾
« Ô vous qui croyez, n'entrez pas dans les maisons du Prophète sans permission... Et quand vous demandez aux épouses du Prophète quelque objet, demandez-le-leur de derrière un voile. »
Ce verset instaura le ḥijāb spécifique aux Mères des croyants — base de toute la législation ultérieure sur l'iḥtijāb.
Zaynab vivait simplement, malgré sa noble lignée et son rang d'épouse du Prophète ﷺ. Elle tannait du cuir, perçait les peaux, tissait, et tout le revenu de son travail manuel était distribué aux pauvres. ʿĀʾisha disait : « Je n'ai jamais vu de femme meilleure dans la religion que Zaynab, plus pieuse, plus véridique en parole, plus assidue aux liens du sang, plus généreuse en aumônes, plus ardente à se rapprocher d'Allah par les bonnes œuvres. » (Muslim n°2442). Cette louange venant de ʿĀʾisha — qui avait été un temps la rivale en cœur de Zaynab — est d'autant plus précieuse.
Un jour, le Prophète ﷺ dit à ses épouses (Bukhārī n°1420, Muslim n°2452) :
« أَسْرَعُكُنَّ لَحَاقًا بِي أَطْوَلُكُنَّ يَدًا »
« Celle de vous qui me rejoindra le plus tôt sera la plus longue de bras. »
Les Mères des croyants, après la mort du Prophète ﷺ, se mirent réellement à mesurer la longueur de leurs bras avec un roseau, pour deviner laquelle d'entre elles partirait en premier. Sawda était la plus grande de stature. Mais quand Zaynab mourut la première, elles comprirent : « Sa main était la plus longue, parce qu'elle faisait le plus d'aumône. » ʿĀʾisha dira : « Elle aimait le travail manuel, et elle donnait tout dans le sentier d'Allah. »
Lors de l'incident de l'ifk, Zaynab fut interrogée par le Prophète ﷺ sur ʿĀʾisha — et elle répondit avec une justice exemplaire (Bukhārī n°4750) : « Ô Messager d'Allah, je préserve mon ouïe et ma vue. Par Allah, je ne sais d'elle que du bien. » Sa propre sœur Ḥamna bint Jaḥsh avait été parmi les calomniateurs et fut fouettée du ḥadd. Mais Zaynab elle, par crainte d'Allah, refusa de profiter de l'épreuve de sa rivale. ʿĀʾisha en gardera toute sa vie une reconnaissance émue — « C'est elle qui me concurrençait pour le rang auprès du Prophète ﷺ, et Allah la préserva par la piété. »
Sous le califat d'ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, le Trésor public (Bayt al-Māl) avait institué une pension pour les Mères des croyants. Quand ʿUmar envoya à Zaynab sa part — selon les rapports, douze mille dirhams, ou douze mille dinars selon une autre version —, elle reçut le sac sans le compter. Quand on apporta la sacoche, elle dit : « Sub'ḥān Allāh ! Allah envoie cela à Zaynab ? Couvrez-le d'un drap. » Puis elle commença à appeler ses parents pauvres, ses voisines dans le besoin, les veuves et les orphelins de Madīna : à chacun elle donnait une part jusqu'à épuisement. À la fin, sa servante Burza dit : « Ô Mère des croyants, qu'Allah te pardonne ! Nous avions une part dans tout cela. » Zaynab répondit : « Tu as ce qui est sous le drap. » Il restait quatre-vingt-cinq dirhams, qu'elle donna à sa servante. Puis elle leva les mains et dit : « Ô Allah, ne me laisse pas atteindre une autre pension comme celle-ci. » Elle mourut effectivement avant la pension suivante.
Zaynab mourut à Madīna en 20 H (~641 G), à environ 53 ans. Elle fut effectivement la première des épouses du Prophète ﷺ à mourir après lui — accomplissant la prophétie de la « plus longue de bras ». Elle avait préparé son linceul de son vivant. ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, en l'apprenant, en pleura. Il dirigea lui-même la prière funéraire. Usāma ibn Zayd (fils de son ex-mari Zayd ibn Ḥāritha), ainsi que ses neveux Muḥammad et ʿAbdullāh, fils d'Abū Aḥmad ibn Jaḥsh, descendirent dans la tombe pour la déposer. Elle fut enterrée à al-Baqīʿ. ʿĀʾisha pleura et dit : « La meilleure parmi nous nous a quittées, la première du convoi des femmes du Prophète ﷺ. »
Zaynab avait laissé des dispositions précises. Elle avait demandé à être enterrée avec un cercueil — un détail ; à l'époque de la jāhiliyya, on portait les femmes sur un plateau ouvert ce qui pouvait laisser deviner les formes. Asmāʾ bint ʿUmays avait vu en Abyssinie la pratique chrétienne du cercueil avec couvercle bombé qui préservait la pudeur. Elle proposa cette pratique pour Fāṭima az-Zahrāʾ, qui fut la première à en bénéficier. Zaynab — qui mourut peu après Fāṭima dans la chronologie des hauts personnages — avait demandé la même chose. ʿUmar exécuta le testament et fit réaliser un cercueil semblable. Ainsi naquit, par la pudeur de ces deux saintes femmes, la pratique islamique du naʿsh couvert pour les funérailles féminines.