Le boycott — vallée d'Abū Ṭālib · de la 7ᵉ à la 10ᵉ année de la révélation · Trois années de famine et d'isolement
Incapable de briser la prédication par la persécution individuelle, Quraysh décide d'attaquer le Prophète ﷺ par le clan tout entier. Un document est rédigé et suspendu à la Kaʿba : aucun Quraychite ne devra commercer, se marier, ni même parler avec Banū Hāshim ou Banū al-Muṭṭalib tant qu'ils ne livreront pas Muḥammad ﷺ. Pendant trois ans, dans la vallée d'Abū Ṭālib (al-shiʿb), les croyants et leurs proches souffrent de la faim au point de manger les feuilles des arbres. Allah, par un signe miraculeux et la conscience de quelques hommes nobles, mettra fin à ce siège. Cette épreuve forge la patience de la jeune communauté.
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Allah dit : « Très certainement, Nous vous éprouverons par un peu de peur, de faim, et de diminution de biens, de personnes et de fruits. Et fais la bonne annonce aux endurants. »
Source : Coran, sourate al-Baqara (2), verset 155
Nous sommes en l'an 7 de la révélation. La conversion de Hamza et de ʿUmar a renforcé la communauté ; le retour partiel des émigrés d'Abyssinie a montré à Quraysh qu'aucune persécution ne ferait reculer les croyants. Les notables païens se réunissent et décident d'une mesure radicale : un boycott total contre Banū Hāshim (le clan du Prophète ﷺ) et leurs cousins de Banū al-Muṭṭalib. Le document est suspendu à la Kaʿba pour le rendre sacré. Tous les membres des deux clans, croyants ou non — à l'exception d'Abū Lahab qui rejoint Quraysh — se réfugient dans la vallée d'Abū Ṭālib, un défilé étroit aux abords de Makka. Le siège durera trois ans, durant lesquels la faim sera telle que l'on entendra les cris des enfants depuis l'extérieur.
L'arrivée du Négus dans l'Islam, l'accueil chaleureux des émigrés en Abyssinie, et le retour de plusieurs d'entre eux à Makka après l'annonce trompeuse de la conversion de Quraysh, montrent aux notables païens que leur stratégie de persécution est en train d'échouer. La conversion de ʿUmar leur donne le coup de grâce : les musulmans prient désormais publiquement à la Kaʿba.
Quraysh envoie une délégation à Abū Ṭālib pour exiger qu'il livre son neveu Muḥammad ﷺ afin qu'il soit tué. Abū Ṭālib refuse fermement. Une seconde délégation propose un échange : ils livreraient le jeune ʿUmāra ibn al-Walīd, le plus beau garçon de Quraysh, comme fils adoptif, en échange de Muḥammad ﷺ. Abū Ṭālib s'indigne : « Vous m'amenez votre fils pour que je le nourrisse, et vous me demandez le mien pour le tuer ? »
Devant le refus d'Abū Ṭālib, Quraysh décide de frapper le clan tout entier. Les Banū Hāshim, croyants ou non — sauf Abū Lahab — se rangent derrière leur chef. Les Banū al-Muṭṭalib, leurs cousins, font de même par solidarité tribale. C'est cette double protection familiale que Quraysh va tenter de briser par le siège.
Quraysh rédige une ṣaḥīfa (document) écrite par Manṣūr ibn ʿIkrima. Trois interdictions y sont gravées : ne pas se marier avec eux ni leur donner de filles en mariage ; ne pas commercer avec eux ni leur vendre quoi que ce soit ; ne pas leur parler ni les recevoir. Le boycott durera tant que les Banū Hāshim ne livreront pas le Prophète ﷺ. Le document est suspendu à l'intérieur de la Kaʿba pour lui donner un caractère sacré.
Les deux clans se retirent dans le défilé d'Abū Ṭālib. Pendant trois années entières, ils ne peuvent acheter de la nourriture qu'à des prix exorbitants, parfois en cachette. Abū Bakr y dépense l'essentiel de sa fortune ; Khadīja également. La faim devient telle que l'on entend les cris des enfants depuis l'extérieur de la vallée, et que les Compagnons en viennent à manger les feuilles des arbres et le cuir trempé. Saʿd ibn Abī Waqqāṣ rapportera plus tard avoir trouvé un morceau de peau séchée qu'il fit cuire avec un peu d'eau pour survivre.
Malgré la faim et l'isolement, le Prophète ﷺ ne cesse pas son enseignement. Il sort lors des mois sacrés, où le boycott est suspendu par la coutume arabe, pour rencontrer les pèlerins venus à Makka. C'est durant cette période, particulièrement éprouvante, que descendent plusieurs sourates fortifiant la foi des croyants par le rappel des prophètes passés et de leurs épreuves.
Hishām ibn ʿAmr, parent éloigné des Banū Hāshim, ne supporte plus de voir les enfants pleurer de faim. Il va trouver tour à tour quatre hommes : Zuhayr ibn Abī Umayya, al-Muṭʿim ibn ʿAdiy, Abū al-Bakhtarī ibn Hishām, et Zamʿa ibn al-Aswad. Tous acceptent. Ils se rassemblent à al-Ḥajūn et conviennent d'agir le lendemain à la Kaʿba, en exigeant publiquement la rupture du document.
Au même moment, Allah informe Son Messager ﷺ par révélation que les termites ont mangé toute la ṣaḥīfa suspendue dans la Kaʿba, à l'exception du nom d'Allah qui s'y trouvait. Le Prophète ﷺ en informe Abū Ṭālib, qui sort de la vallée et se rend à la Kaʿba devant l'assemblée de Quraysh. Il leur dit : « Mon neveu m'a affirmé qu'Allah a envoyé sur votre document les termites et qu'il n'est plus rien resté que le nom d'Allah. Si c'est vrai, levez le boycott ; s'il a menti, je vous le livre. »
« À côté de la difficulté est, certes, une facilité ! À côté de la difficulté, est certes, une facilité ! » (al-Sharḥ 5-6). Quraysh accepte de vérifier. Le document est retiré de la Kaʿba — il est effectivement rongé, sauf la mention bismika Allāhumma. Le lendemain, Zuhayr déchire publiquement les liens de l'injustice tandis que ses compagnons l'appuient. Le boycott est rompu. Banū Hāshim et Banū al-Muṭṭalib quittent la vallée après trois années d'épreuve. Cet événement, qui aurait dû convaincre Quraysh, ne fit qu'endurcir certains d'entre eux dans leur entêtement.