L'amour de la solitude et la préparation intérieure · 37 à 40 ans · 3 ans avant la révélation
Avant la première révélation, le Prophète ﷺ se met à fuir la foule. Selon Mubārakpūrī, durant les trois années précédant la prophétie, il monte chaque Ramaḍān à la grotte de Ḥirāʾ, sur le Jabal an-Nūr, à environ 4 km au nord-est de Makka, et y passe le mois entier dans le taḥannuth (l'adoration recluse). Khadīja lui prépare des provisions ; il redescend à la fin du mois pour les renouveler. Pendant six mois avant l'événement, ses rêves se réalisent « comme l'aube qui fend la nuit ». Il rejette de plus en plus l'adoration des idoles et la religion de son peuple. Tout est en place pour que la révélation descende.
Disponible sur ordinateur
ʿĀʾisha رضي الله عنها rapporte : « Puis on lui fit aimer la solitude. Il se retirait dans la grotte de Ḥirāʾ et se consacrait à l'adoration un bon nombre de nuits — et le taḥannuth, c'est l'adoration — avant de regagner les siens. »
Source : al-Bukhārī (n°3) · début de la révélation
Aux abords de la quarantaine, le Prophète ﷺ vit dans une Makka saturée d'idolâtrie : 360 idoles entourent la Kaʿba, et la jāhiliyya règne — alcool, jeu de hasard (al-maysir), enterrement des filles vivantes (al-waʾd), exploitation des esclaves, guerres tribales, mariages désordonnés (Ibn Hishām en énumère quatre formes parallèles à la jāhiliyya). Au milieu de ce paysage, quelques hommes, appelés les ḥunafāʾ — comme Zayd ibn ʿAmr ibn Nufayl, Waraqa ibn Nawfal, ʿUbaydullāh ibn Jaḥsh et ʿUthmān ibn al-Ḥuwayrith — cherchent la religion d'Ibrāhīm. Le Prophète ﷺ, lui, ressent un appel encore plus profond. Il monte à Ḥirāʾ, une grotte étroite (4 coudées de long sur ~1¾ coudée de large) sur le Jabal an-Nūr, à environ 4 km de Makka, et y demeure tout le mois de Ramaḍān, ramenant des provisions chez Khadīja avant d'y retourner.
ʿĀʾisha رضي الله عنها rapporte (al-Bukhārī n°3) que la première étape qui prépara le Prophète ﷺ à recevoir la révélation fut « l'amour subit de la solitude ». Mubārakpūrī précise que ses méditations passées « avaient élargi le fossé intellectuel entre lui et son peuple » : il observait avec un cœur clair les croyances tribales, les rites des idoles, les coutumes injustes, et les rejetait sans avoir encore de voie de remplacement claire. Allah inspira en lui ce goût pour l'isolement comme pédagogie : le détacher du bruit avant la grande mission.
Il n'était pas le seul à fuir l'idolâtrie : Zayd ibn ʿAmr ibn Nufayl, cousin de ʿUmar, refusait la chair sacrifiée aux idoles et disait : « Ô Allah, si je savais comment Tu veux être adoré, je le ferais. » Waraqa ibn Nawfal, cousin de Khadīja, étudiait la Torah et l'Évangile en hébreu. Mais aucun de ces ḥunafāʾ n'eut la consigne divine ni la pédagogie progressive du Prophète ﷺ : eux cherchaient ; lui était choisi et préparé. Il est aussi rapporté qu'avant lui, son grand-père ʿAbd al-Muṭṭalib pratiquait déjà le retrait à Ḥirāʾ pendant Ramaḍān, où il nourrissait les pauvres tout le mois.
Mubārakpūrī la décrit avec précision : « 4 coudées de long, 1¾ coudée de large », à peine assez grande pour un homme allongé. Située sur le Jabal an-Nūr à environ 2 milles (≈4 km) au nord-est de Makka, elle est orientée vers la Kaʿba qu'on aperçoit en contrebas. Le Prophète ﷺ y emportait « le pain et l'eau » (as-sawīq wa-l-māʾ) et y passait le mois de Ramaḍān entier dans l'adoration et la méditation sur la création — « scrutant les signes du cosmos visible et la puissance créatrice qui se cache derrière ».
Khadīja préparait les provisions et veillait. Quand il lui arrivait de tarder, elle envoyait quelqu'un. Elle lui assurait l'intendance entière, lui permettant de se consacrer pleinement à l'adoration. Elle ne posait pas de questions — elle pressentait que son époux était habité par une affaire plus grande que lui-même. Ce soutien silencieux durant trois ans est l'un des piliers de la mission à venir : sans Khadīja, pas de Ḥirāʾ ; sans Ḥirāʾ, pas de cœur préparé à recevoir Iqraʾ.
ʿĀʾisha رضي الله عنها dit : « Les premières manifestations de la révélation chez Muḥammad ﷺ furent les rêves véridiques. Il ne faisait aucun rêve sans qu'il ne se réalise, aussi clair et éclatant que l'aube qui fend la nuit. » Selon al-Bayhaqī cité par Ibn Ḥajar, cette période dura six mois. Si la prophétie compte 23 ans, et que les rêves véridiques en sont 1/46, on retombe sur six mois : la pédagogie divine est mathématiquement précise. Allah l'habituait progressivement à percevoir le monde de l'invisible (al-ghayb) sans être ébranlé.
Parmi les autres signes annonciateurs de la prophétie : « il y avait à Makka une pierre qui le saluait » — phénomène rapporté dans Ṣaḥīḥ Muslim. La nature elle-même reconnaissait avant les hommes celui qui allait être envoyé.
Allah préserva Son Messager des souillures de la jāhiliyya bien avant la révélation. Il ne se prosterna jamais devant une idole, ne mangea jamais ce qui était sacrifié à autre qu'Allah, ne but jamais d'alcool. Le Prophète ﷺ raconta lui-même (Ibn Hishām, aṭ-Ṭabarī) : « Je n'ai jamais désiré faire ce que faisait la jāhiliyya, sauf deux fois — chaque fois Allah s'est interposé entre moi et ce désir. Une nuit, je dis au garçon qui gardait les moutons avec moi : "Veille sur mes bêtes, je veux descendre à Makka et y passer la soirée comme les jeunes." J'arrivai à la première maison, j'entendis de la musique, je demandai : "Qu'est-ce ?" — "Une noce". Je m'assis pour écouter, et Allah jeta sur mes oreilles le sommeil ; je ne me réveillai qu'à la chaleur du soleil. »
Ainsi, à l'aube de ses 40 ans, tous les éléments sont réunis : un cœur purifié par shaqq aṣ-ṣadr dès l'enfance, un goût intense de la solitude installé pendant 3 ans, des rêves véridiques pendant 6 mois, une pierre qui le saluait, et un rejet total de l'idolâtrie. Le terrain est prêt. Mubārakpūrī indique que la première révélation tomba sur la nuit du 21 Ramaḍān de la troisième année de retrait — un lundi, jour de sa naissance et jour de sa mission.