بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Chapitre N°4

بِنَاءُ الكَعْبَة

La reconstruction de la Kaʿba · À 35 ans du Prophète ﷺ · Cinq ans avant la révélation

Lorsque le Prophète ﷺ atteignit ses 35 ans, une crue suivie d'un incendie endommagea les murs de la Kaʿba. Quraysh décida alors de la rebâtir. Cet épisode est riche d'enseignements : il révèle la sagesse précoce du jeune Muḥammad ﷺ, la confiance qu'il inspirait déjà à ses concitoyens, et l'attachement profond des Arabes à la Maison d'Ibrāhīm. C'est aussi à ce moment qu'il sauve sa cité d'une guerre fratricide pour la pose de la pierre noire — ultime préfiguration de la mission de réconciliation qu'il portera bientôt.

﴿وَإِذْ يَرْفَعُ إِبْرَاهِيمُ الْقَوَاعِدَ مِنَ الْبَيْتِ وَإِسْمَاعِيلُ رَبَّنَا تَقَبَّلْ مِنَّا ۖ إِنَّكَ أَنتَ السَّمِيعُ الْعَلِيمُ﴾

Allah dit : « Et lorsqu'Ibrāhīm élevait les fondations de la Maison avec Ismāʿīl, [ils dirent] : "Notre Seigneur, accepte ceci de nous. C'est Toi, certes, qui entends tout et sais tout." »

Source : Coran, sourate al-Baqara (2), verset 127

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Contexte historique

Cinq ans avant la révélation, une crue violente puis un incendie fragilisèrent les murs de la Kaʿba que les générations précédentes avaient laissée à l'état des fondations posées par Ibrāhīm ﷺ et Ismāʿīl ﷺ. Quraysh hésita longtemps : démolir la Maison qu'on vénère depuis des siècles paraissait sacrilège. Al-Walīd ibn al-Mughīra prit les devants, brisa une pierre, attendit la nuit pour voir s'il subirait quelque châtiment ; rien n'arrivant, les autres se mirent au travail. Selon Mubārakpūrī, ils convinrent de ne bâtir qu'avec un argent ṭayyib (licite) — refusant l'argent tiré de la fornication, de l'usure ou de l'injustice. C'est dans ce climat de purification matérielle qu'intervient le jeune Muḥammad ﷺ.

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Personnages importants

الوَلِيدُ بْنُ المُغِيرَة al-Walīd ibn al-Mughīra
Notable de Quraysh ; il osa frapper le premier coup pour démolir la Kaʿba.
أَبُو طَالِب Abū Ṭālib
L'oncle qui voulut empêcher le jeune Muḥammad ﷺ de porter les pierres dévêtu.
الحَجَرُ الأَسْوَد al-Ḥajar al-Aswad
La pierre noire, descendue selon la tradition du Paradis, replacée par le Prophète ﷺ.
الحَطِيم / الحِجْر al-Ḥaṭīm / al-Ḥijr
Partie de la Kaʿba laissée à l'extérieur faute de fonds licites suffisants.
بَاقُوم الرُّومِيّ Bāqūm le Byzantin
Le charpentier romain dont le navire échoué fournit le bois de la toiture.
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Le contexte de la reconstruction

Crue, incendie et chantier sacré
Une crue puis un incendie fragilisent la Kaʿba. Quraysh la rebâtit avec un argent licite, et le jeune Muḥammad ﷺ y participe.
Sira Kaʿba

Pourquoi reconstruire ?

La Kaʿba, depuis l'élévation de ses fondations par Ibrāhīm et Ismāʿīl ﷺ, n'avait connu qu'un mur de pierres sans toit ni mortier. Une chèvre vola un jour le tissu (kiswa) qui la couvrait, le feu se propagea, puis une crue acheva de fragiliser les murs. Quraysh comprit qu'il fallait l'élever à nouveau. Mais qui oserait démolir la Maison sacrée ? Selon Mubārakpūrī, al-Walīd ibn al-Mughīra prit la pioche, frappa et attendit la nuit. Aucun malheur ne survenant, le chantier fut décidé.

L'argent licite et le partage par tribus

﴿وَطَهِّرْ بَيْتِيَ لِلطَّائِفِينَ وَالْقَائِمِينَ وَالرُّكَّعِ السُّجُودِ﴾

« Et purifie Ma Maison pour ceux qui en font le tour, et qui s'y tiennent debout, et qui s'inclinent et se prosternent » (al-Ḥajj, 26). Quraysh résolut de ne bâtir qu'avec un argent purifié, refusant celui de la fornication, de l'usure ou de l'oppression. Cet argent licite étant insuffisant, ils durent réduire la surface : la partie laissée dehors s'appelle aujourd'hui al-Ḥijr ou al-Ḥaṭīm. Chaque tribu se chargea d'un côté de la Maison.

Le jeune Muḥammad ﷺ porteur de pierres

Le Prophète ﷺ, alors âgé de 35 ans, participa au chantier en portant les pierres avec son oncle al-ʿAbbās. Le poids et la chaleur étaient tels qu'il enleva son izār pour le poser sur son épaule, et tomba évanoui ; on le rhabilla aussitôt. Cet incident est rapporté par al-Bukhārī (n°1582) et indique l'ardeur du futur Messager dans le service de la Maison de son Seigneur, avant même d'avoir reçu la prophétie.

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Le différend de la pierre noire

Quatre ou cinq jours au bord de la guerre
Chaque clan voulait l'honneur de replacer la pierre noire à sa place. Le sang allait couler.
Sira Pierre noire

L'orgueil des clans

Quand le moment vint de replacer la pierre noire au coin oriental de la Maison, chaque clan voulut s'octroyer cet honneur. La discorde fut telle, rapporte Mubārakpūrī, que pendant quatre ou cinq jours la cité fut à deux doigts de la guerre. Banū ʿAbd ad-Dār allèrent jusqu'à remplir un récipient de sang et y plonger leurs mains pour jurer la mort plutôt que la cession de l'honneur — c'est ce qu'on appela laʿaqat ad-dam (le pacte du sang léché).

L'arbitrage du premier entrant

Abū Umayya ibn al-Mughīra al-Makhzūmī, l'aîné des chefs présents, proposa : « Que le premier homme qui entrera par cette porte tranche entre vous. » Tous acceptèrent. Et c'est le Prophète ﷺ qui, à ce moment, franchit la porte. À sa vue, la foule s'exclama : « Voici al-Amīn ! Nous l'agréons ! Voici Muḥammad ! » Cette spontanéité est révélatrice : avant même la prophétie, l'unanimité des Mecquois reconnaissait en lui un homme au-dessus du clan, capable d'être juste.

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La sagesse du Prophète ﷺ

Le manteau, les chefs, et la pose finale
Le Prophète ﷺ étend un manteau, fait porter chaque coin par un chef de tribu, puis pose lui-même la pierre.
Sira Sagesse

Une solution que personne n'avait imaginée

﴿وَأَلَّفَ بَيْنَ قُلُوبِهِمْ ۚ لَوْ أَنفَقْتَ مَا فِي الْأَرْضِ جَمِيعًا مَّا أَلَّفْتَ بَيْنَ قُلُوبِهِمْ﴾

« Et Il a uni leurs cœurs. Aurais-tu dépensé tout ce qui est sur terre, tu n'aurais pu unir leurs cœurs » (al-Anfāl, 63). Le Prophète ﷺ demanda un manteau (ridāʾ), l'étendit au sol, posa la pierre noire en son centre, puis dit : « Que chaque clan en prenne un coin. » Tous portèrent ensemble. Quand ils arrivèrent à l'emplacement, c'est le Prophète ﷺ lui-même qui prit la pierre de ses mains et la posa au coin oriental.

L'honneur partagé, la paix sauvée

La trouvaille géniale : aucun clan n'eut le sentiment d'être déshonoré, puisque chacun avait participé à porter la pierre. La paix de Makka fut sauvée. Cette scène, rapportée par Ibn Isḥāq et reprise par tous les historiens, est l'un des plus beaux signes annonciateurs de la mission du Prophète ﷺ : il sait, par sa parole et son geste, désamorcer les conflits que la fierté tribale rend insolubles.

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Leçons à retenir

3 leçons essentielles
Ce que cet épisode nous enseigne pour notre propre vie.
  • L'argent licite est une condition de la bénédiction : Quraysh, encore polythéistes, refusèrent de bâtir la Kaʿba avec un argent souillé ; combien plus le musulman doit-il purifier ses gains avant d'œuvrer pour Allah
  • La sagesse résout ce que la force aggrave : quatre jours de menaces n'ont rien donné ; un manteau étendu au sol a tout réglé. Le Prophète ﷺ nous apprend que la solution juste honore tout le monde
  • Allah prépare Ses élus dans la confiance des hommes : avant de leur demander de croire en Sa parole, Il fait gagner à Son Messager le surnom d'al-Amīn. La crédibilité personnelle précède toujours le message qu'on porte

🧠 Chronologie mnémotechnique

1
CRUE & INCENDIE
La Kaʿba fragilisée
Décision de rebâtir
2
CHANTIER COLLECTIF
Argent licite uniquement
Al-Ḥijr laissé dehors
3
QUERELLE 4 JOURS
Pose de la pierre noire
Pacte du sang léché
4
LE MANTEAU
Solution prophétique
« Voici al-Amīn ! »