La conquête de Makka · An 8 de l'hégire — Ramaḍān · Le triomphe du tawḥīd
En Ramaḍān de l'an 8 H, deux ans après Ḥudaybiyya, les Banū Bakr — alliés de Quraysh — attaquèrent les Khuzāʿa, alliés du Prophète ﷺ, pendant la trêve. Quraysh leur prêta main forte. Le pacte fut rompu. Le Messager d'Allah ﷺ rassembla 10 000 hommes — la plus grande armée jamais réunie en Arabie — et marcha sur Makka. À Marr aẓ-Ẓahrān, 10 000 feux brûlèrent dans la nuit ; al-ʿAbbās amena Abū Sufyān, qui prononça la shahāda. Le Prophète ﷺ entra dans la cité tête baissée par humilité, brisa les 360 idoles autour de la Kaʿba, prononça l'amān universel et rendit les clés de la Maison à ʿUthmān ibn Ṭalḥa. Bilāl monta sur la Kaʿba pour le adhān. Ce fut le jour où la jāhiliyya s'éteignit dans son foyer même.
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Allah dit : « Et dis : la vérité est venue, et le faux a disparu ; certes le faux est voué à disparaître. »
Source : Coran, sourate al-Isrāʾ (17), verset 81
En Shaʿbān de l'an 8 H, les Banū Bakr — alliés de Quraysh — attaquèrent les Khuzāʿa — alliés du Prophète ﷺ depuis Ḥudaybiyya — pendant la nuit, près de la source de al-Watīr. Quraysh fournit secrètement armes et hommes ; les Khuzāʿa furent massacrés jusque dans le ḥaram. Quarante survivants vinrent à Madīna réclamer justice. Le Prophète ﷺ posa trois conditions à Quraysh : payer le prix du sang, dissoudre l'alliance avec Banū Bakr, ou considérer le pacte rompu. Quraysh, par orgueil, choisit la rupture — puis, regrettant, envoya Abū Sufyān à Madīna pour le rétablir. En vain. Le Prophète ﷺ invoqua : « Ô Allah, voile à Quraysh nos préparatifs et nos nouvelles, jusqu'à ce que nous les surprenions sur leurs terres. » Le 10 Ramaḍān 8 H, il sortit avec 10 000 hommes ; à al-Juḥfa le rejoignirent al-ʿAbbās et son cousin Abū Sufyān ibn al-Ḥārith ; et à Marr aẓ-Ẓahrān, à une étape de Makka, l'armée campa à la nuit, allumant 10 000 feux qui terrifièrent les Qurayshites venus en éclaireurs.
Pendant la trêve de Ḥudaybiyya, les Banū Bakr saisirent l'occasion d'une vieille querelle pour attaquer les Khuzāʿa de nuit. Quraysh leur fournit hommes et armes. Vingt Khuzāʿa furent tués jusque dans l'enceinte sacrée. ʿAmr ibn Sālim al-Khuzāʿī vint à Madīna réciter au Prophète ﷺ un poème sollicitant son secours ; le Messager ﷺ répondit : « Tu seras secouru, ô ʿAmr ibn Sālim. » Quraysh, prenant peur, envoya Abū Sufyān à Madīna pour rétablir le traité. Il alla voir sa fille Umm Ḥabība, mère des croyants ; elle replia la natte du Prophète ﷺ pour qu'il ne s'y assoie pas. Il essaya Abū Bakr, ʿUmar, ʿAlī, Fāṭima — tous refusèrent d'intervenir. Il rentra à Makka humilié, sans rien obtenir.
Le Prophète ﷺ invoqua : « Ô Allah, retiens leurs yeux et leurs nouvelles, que nous les surprenions soudainement dans leurs demeures. » Il fit dire de préparer l'armée sans en révéler la destination. Ḥāṭib ibn Abī Baltaʿa tenta de prévenir Quraysh par une lettre confiée à une femme ; le Prophète ﷺ, informé par révélation, envoya ʿAlī et az-Zubayr récupérer la lettre — l'incident donna lieu aux versets d'al-Mumtaḥana. Le 10 Ramaḍān, l'armée sortit, jeûnant d'abord puis rompant le jeûne en route. Elle arriva à Marr aẓ-Ẓahrān, à une étape de Makka, et y campa la nuit. Sur ordre du Prophète ﷺ, chaque homme alluma son propre feu — 10 000 feux brûlèrent dans la nuit, vue effrayante pour les éclaireurs qurayshites.
Al-ʿAbbās, redoutant une catastrophe pour Makka, monta sur la mule blanche du Prophète ﷺ et partit chercher quelqu'un à qui annoncer l'amān. Il entendit Abū Sufyān, Budayl ibn Warqāʾ et Ḥakīm ibn Ḥizām qui inspectaient les feux. Al-ʿAbbās l'appela : « Ô Abū Ḥanẓala ! » Abū Sufyān le reconnut à la voix. Al-ʿAbbās lui dit : « Voici le Messager d'Allah ﷺ avec une armée à laquelle vous ne résisterez pas. Monte avec moi, je te conduis à lui pour que je demande pour toi la protection — sinon ta tête tombera. » Abū Sufyān, en croupe, traversa les feux ; ʿUmar le reconnut et courut au Prophète ﷺ : « Ô Messager d'Allah, voici Abū Sufyān, qu'Allah a placé à notre portée sans pacte ; laisse-moi lui couper la tête. » Al-ʿAbbās dit : « Je l'ai pris sous ma protection. » Le Prophète ﷺ le fit conduire à sa tente et reporta l'affaire au matin.
Au matin, le Prophète ﷺ lui demanda : « Malheur à toi, ô Abū Sufyān ! N'est-il pas temps que tu saches qu'il n'y a de divinité qu'Allah ? » — « Si je savais avec lui un autre dieu, il m'aurait servi en quelque chose. » — « N'est-il pas temps que tu saches que je suis le Messager d'Allah ? » Abū Sufyān hésita ; al-ʿAbbās lui dit : « Atteste, ou ta tête tombera. » Il prononça les deux shahādas. Al-ʿAbbās demanda alors un honneur particulier pour cet homme orgueilleux. Le Prophète ﷺ déclara : « Quiconque entre chez Abū Sufyān sera en sécurité ; quiconque entre dans la Mosquée Sacrée sera en sécurité ; quiconque ferme sa porte sera en sécurité. » Puis al-ʿAbbās le posta dans un défilé étroit pour qu'il vît passer les corps d'armée. À chaque tribu il demandait le nom ; lorsque vint le bataillon vert sombre des Anṣār conduit par Saʿd ibn ʿUbāda, qui criait : « Aujourd'hui est le jour de la grande bataille ; aujourd'hui le sanctuaire devient licite », Abū Sufyān s'effraya. Le Prophète ﷺ, informé, retira l'étendard à Saʿd et le confia à son fils Qays — d'autres récits disent à ʿAlī — disant : « Aujourd'hui est le jour de la miséricorde, le jour où Allah honorera Quraysh. » Abū Sufyān courut à Makka annoncer l'amān : « Ô gens de Quraysh, voici Muḥammad ﷺ avec ce que vous ne pourrez repousser. Quiconque entre chez Abū Sufyān sera en sécurité. »
Le Prophète ﷺ campa à Dhū Ṭuwā et divisa l'armée en quatre colonnes. Khālid ibn al-Walīd entra par le bas de la ville par le sud ; az-Zubayr ibn al-ʿAwwām entra par le nord avec l'étendard du Messager ﷺ ; Saʿd ibn ʿUbāda et Abū ʿUbayda ibn al-Jarrāḥ par d'autres axes. Le Prophète ﷺ ﷺ avait ordonné : « Ne combattez personne sauf qui vous combat », et désigné un petit nombre — dont ʿAbdullāh ibn Khaṭal et ʿIkrima — comme exclus de l'amān pour leurs crimes. Seul Khālid rencontra une résistance organisée par ʿIkrima, Ṣafwān et Suhayl à al-Khandama ; il dispersa les attaquants après une brève escarmouche, où tombèrent une douzaine de polythéistes et deux musulmans. Partout ailleurs, l'entrée fut paisible.
Le Messager d'Allah ﷺ entra dans Makka sur sa chamelle al-Qaṣwāʾ, la tête tellement baissée par humilité que sa barbe touchait presque la selle, récitant la sourate al-Fatḥ. Une vingtaine d'années auparavant, on l'avait persécuté, exilé, attenté à sa vie dans cette même ville. Il y revenait conquérant — sans orgueil, sans triomphe, mais en esclave reconnaissant.
Le Messager d'Allah ﷺ alla d'abord à la Kaʿba, accomplit le ṭawāf monté sur sa chamelle (sans iḥrām, étant non-pèlerin), touchant le coin yéménite avec son arc. Autour de la Maison se dressaient 360 idoles. Il les renversa l'une après l'autre avec son bâton, en récitant : « Et dis : la vérité est venue, et le faux a disparu ; certes le faux est voué à disparaître » (al-Isrāʾ 81). Il ordonna ensuite que l'intérieur de la Kaʿba fût purifié : les images de Ibrāhīm et Ismāʿīl se livrant aux flèches divinatoires, et celles des autres prophètes peintes sur les murs, furent effacées. Il entra dans la Maison avec Usāma, Bilāl et ʿUthmān ibn Ṭalḥa, ferma la porte, et y pria. À la sortie, il rendit les clés à ʿUthmān ibn Ṭalḥa : « Prenez-les, ô Banū Ṭalḥa, à perpétuité ; nul ne vous les enlèvera, sauf un injuste. »
Bilāl monta sur le toit de la Kaʿba et y appela à la prière. La voix de l'esclave noir affranchi, qui jadis était torturé sur les sables brûlants de Makka, retentit maintenant du sommet de la Maison sacrée. Le Prophète ﷺ se tint à la porte de la Kaʿba face aux Qurayshites assemblés et prononça son grand discours. Il déclara la Maison sacrée à jamais : « Cette ville, Allah l'a sanctifiée le jour où Il créa les cieux et la terre. Elle est sacrée par la sainteté d'Allah jusqu'au Jour du Jugement. On n'y coupe pas une épine, on n'y arrache pas son herbe, on n'y poursuit pas un gibier. Elle ne m'a été permise qu'une heure de cette journée. » Il abolit toutes les supériorités tribales : « Ô gens de Quraysh, Allah a aboli l'orgueil de la jāhiliyya et la fierté des ancêtres ; les hommes sont d'Ādam, et Ādam est de la terre. » Puis il leur dit : « Que pensez-vous que je vais faire de vous ? » Ils répondirent : « Du bien ; un frère noble, fils d'un frère noble. » Il déclara : « Allez, vous êtes les libérés. — Idhhabū fa-antumu ṭ-ṭulaqāʾ. » C'est ainsi que Makka entra en islam dans une journée.