La campagne contre Banū Qurayẓa · An 5 de l'hégire · Dhū l-Qaʿda · L'ordre de Jibrīl et le jugement de Saʿd
Quand les coalisés se dispersent et que le Prophète ﷺ rentre à Madīna, à peine a-t-il déposé ses armes que Jibrīl descend du Ciel : « Tu as déposé tes armes ? Les anges, eux, ne les ont pas déposées. Va vers les Banū Qurayẓa. » Vingt-cinq jours de siège, le jugement de Saʿd ibn Muʿādh — fidèle à la loi de la Torah elle-même — et l'application stricte du droit conclut le dossier des tribus traîtresses de Madīna. Une page se tourne ; la cité est désormais purifiée des conspirateurs internes.
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Allah dit : « Et Il a fait descendre de leurs forteresses ceux des gens du Livre qui avaient soutenu les coalisés, et Il a jeté l'effroi dans leurs cœurs. »
Source : Coran, sourate al-Aḥzāb (33), verset 26
Nous sommes en Dhū l-Qaʿda de l'an 5 H, immédiatement après la dispersion des coalisés à al-Khandaq. Les Banū Qurayẓa, dernière des trois tribus juives de Madīna, étaient liés au Prophète ﷺ par le pacte fondateur de la cité (Ṣaḥīfat al-Madīna). Pendant le siège du Fossé, ils ont rompu ce pacte sous l'influence de Ḥuyayy ibn Akhṭab ; ils s'apprêtaient à attaquer la cité par l'arrière. La trahison de guerre a ses lois reconnues de toutes les nations ; mais c'est Saʿd ibn Muʿādh, leur ancien allié de la tribu des Aws, qui rendra le verdict — et c'est exactement le verdict prescrit dans leur propre Torah (Deutéronome 20). Mubārakpūrī insiste : il ne s'agit pas d'une vengeance mais de l'application d'une loi reconnue.
De retour du Fossé, le Prophète ﷺ se rendit chez ʿĀʾisha pour se laver et se reposer. À peine eut-il rangé son armure, vers le Ẓuhr, que Jibrīl descendit, sa tête couverte de poussière sur sa monture. Il dit selon al-Bukhārī (Ṣaḥīḥ, 4117) : « Tu as déposé tes armes ? Par Allah, nous, les anges, ne les avons pas déposées. Sors vers eux. » Le Prophète ﷺ : « Vers qui ? » — « Vers eux », dit-il en désignant les Banū Qurayẓa.
Le Prophète ﷺ fit annoncer à ses Compagnons : « Que personne ne prie l'ʿaṣr sinon chez Banū Qurayẓa. » L'armée se mit en route. En chemin, l'heure de l'ʿaṣr arriva. Une partie des Compagnons appliqua la lettre de l'ordre et reporta la prière jusqu'à l'arrivée — bien après le coucher du soleil. Une autre partie comprit que l'intention était la rapidité, et pria à temps. Le Prophète ﷺ, mis au courant, ne blâma ni les uns ni les autres. Cette tradition (rapportée par al-Bukhārī et Muslim) est devenue un fondement majeur de l'ijtihād en uṣūl al-fiqh.
Le siège dura environ vingt-cinq jours, durant lesquels les Banū Qurayẓa virent leurs vivres s'épuiser et leur résistance s'effriter. Kaʿb ibn Asad proposa à ses gens trois options : embrasser l'Islam, tuer eux-mêmes leurs femmes et enfants pour combattre librement à mort, ou attaquer les musulmans le sabbat. Tous refusèrent les trois. Ils demandèrent au Prophète ﷺ de leur envoyer Abū Lubāba, leur ancien allié des Aws, pour les conseiller. Abū Lubāba leur fit signe de la main au niveau de sa gorge — c'est l'égorgement qui les attend — puis se mordit aussitôt les doigts, ayant compris qu'il avait trahi le secret. Il rentra à Madīna et s'attacha lui-même à un pilier de la mosquée, jurant qu'il n'en partirait que si Allah lui pardonnait. Allah accepta son repentir.
Les Banū Qurayẓa, pris dans l'angoisse, finirent par se rendre. Comme ils étaient anciens alliés des Aws, ces derniers prièrent le Prophète ﷺ d'être indulgents — comme il l'avait été avec les Khazraj pour les Banū Qaynuqāʿ. Le Prophète ﷺ répondit : « Accepterez-vous qu'un homme d'entre vous juge sur eux ? » Ils acceptèrent. Il dit : « Que ce soit Saʿd ibn Muʿādh. » Saʿd avait été grièvement blessé au Fossé par une flèche à la veine du bras ; il était soigné dans une tente au sein de la mosquée. On l'amena sur un âne. Les Aws lui dirent : « Sois doux avec tes alliés. » Il répondit : « Le moment est venu pour Saʿd de ne plus craindre dans la cause d'Allah le blâme d'aucun blâmeur. »
Saʿd dit, après avoir fait jurer à toutes les parties qu'elles accepteraient son jugement : « Mon jugement est que les hommes combattants soient tués, que les femmes et les enfants soient captifs, et que les biens soient partagés. » Le Prophète ﷺ lui dit, selon al-Bukhārī : « Tu as jugé selon le décret d'Allah au-dessus des sept cieux. » Ce verdict — appliqué cette fois aux traîtres de guerre — est exactement la sentence prévue dans la Torah pour les peuples qui rompent leur pacte de paix (cf. Deutéronome 20, 12-14). Les hommes combattants des Qurayẓa furent exécutés (les sources varient sur le nombre, entre 400 et 700) ; les femmes et enfants furent captifs ; Ḥuyayy ibn Akhṭab, capturé dans la forteresse, fut tué — il dit avant : « Je ne me reproche pas mon hostilité contre toi. »
Une fois la mission accomplie, la blessure de Saʿd, qu'Allah avait préservée d'éclater pour qu'il pût juger, se rouvrit. Saʿd avait fait avant cela une duʿāʾ : « Ô Allah, si Tu as encore quelque chose pour Ton Messager dans la guerre contre Quraysh, conserve-moi pour cela ; mais si Tu as mis fin à la guerre, fais que cette blessure soit ma cause de martyre, et ne me fais pas mourir sans m'avoir réjoui par les Banū Qurayẓa. » Allah exauça les deux requêtes. Saʿd s'éteignit peu après. Le Prophète ﷺ dit, selon al-Bukhārī : « Le Trône du Tout-Miséricordieux a frémi pour la mort de Saʿd ibn Muʿādh. » Soixante-dix mille anges descendirent assister à ses funérailles selon une autre tradition.