ʿAbdullāh ibn ʿAbbās · Ḥabr al-Umma · Tarjumān al-Qurʾān · 3 av. H – 68 H
ʿAbdullāh ibn ʿAbbās est le cousin paternel du Prophète ﷺ, fils de son oncle al-ʿAbbās ibn ʿAbd al-Muṭṭalib. Né à Makka dans le shiʿb d'Abū Ṭālib trois ans avant l'Hijra, pendant le boycott des Banū Hāshim, il n'avait que treize ans à la mort du Prophète ﷺ. Mais ce jeune cousin reçut un don exceptionnel : le Prophète ﷺ pose un jour sa main sur lui et invoque : « Allah, fais de lui un savant en religion et apprends-lui le taʾwīl ». Cette invocation fut exaucée au-delà de toute mesure. Devenu adulte sous les califes bien-guidés, il sera surnommé par les Compagnons eux-mêmes Ḥabr al-Umma (« Le Savant de la communauté ») et Tarjumān al-Qurʾān (« Le Traducteur du Coran »). ʿUmar le faisait participer à sa shūrā malgré son jeune âge. Plus tard, il fonde l'école de tafsīr de Makka qui produira al-Mujāhid, ʿIkrima, ʿAṭāʾ et Saʿīd ibn Jubayr. Mort à Ṭāʾif en 68 H, aveugle, il transmet 1 660 hadiths.
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« Ô Allah, fais de lui un savant en religion et apprends-lui le taʾwīl (l'interprétation profonde du Coran). »
Source : Rapporté par al-Bukhārī (n°143) et Muslim (n°2477) — invocation du Prophète ﷺ pour Ibn ʿAbbās enfant après l'avoir vu lui présenter de l'eau pour ses ablutions
ʿAbdullāh naît en l'an 3 avant l'Hijra, alors que les Banū Hāshim et les Banū al-Muṭṭalib étaient enfermés dans le shiʿb d'Abū Ṭālib, victime du boycott imposé par les Quraysh. Son père, al-ʿAbbās ibn ʿAbd al-Muṭṭalib, n'était pas encore officiellement musulman — il ne le deviendrait qu'après Badr —, mais protégeait les siens. Sa mère, Lubāba al-Kubrā bint al-Ḥārith, était l'une des premières femmes converties après Khadīja, et la sœur de Maymūna qui deviendra plus tard épouse du Prophète ﷺ. ʿAbdullāh naît donc dans une maison déjà bénie par la foi.
Dès la naissance, sa mère Lubāba apporta l'enfant au Prophète ﷺ. Le Messager d'Allah ﷺ pratiqua le tahnīk : il prit un peu de salive entre ses dents et la frotta sur les lèvres du nourrisson, qui ainsi reçut comme première saveur celle de la bouche prophétique. Le Prophète ﷺ pria pour lui et le rendit à sa mère. Cette barakah de la naissance accompagnera ʿAbdullāh toute sa vie. Sa conversion est en quelque sorte celle de l'enfance même : élevé dès le berceau dans la foi, il n'a jamais connu le polythéisme.
Après la conquête de Makka et l'islam d'al-ʿAbbās, ʿAbdullāh, alors enfant, accompagne sa famille à Madīna. Le Prophète ﷺ, qui avait pour son cousin une grande tendresse, l'embrassait souvent et lui enseignait des invocations. Il lui dit un jour : « Ô petit, je vais t'apprendre des paroles : préserve Allah, Il te préservera ; préserve Allah, tu Le trouveras devant toi ; quand tu demandes, demande à Allah ; quand tu cherches secours, cherche secours auprès d'Allah. Sache que si toute la communauté se rassemblait pour te bénéficier en quelque chose, elle ne pourrait te bénéficier qu'en ce qu'Allah a écrit pour toi ; et si elle se rassemblait pour te nuire en quelque chose, elle ne pourrait te nuire qu'en ce qu'Allah a écrit contre toi » (Tirmidhī, n°2516, ḥasan ṣaḥīḥ). Cet enseignement intime structurera toute sa vie spirituelle.
Une nuit, ʿAbdullāh dort chez sa tante Maymūna, épouse du Prophète ﷺ. Il rapporte lui-même : « Je dormais chez ma tante Maymūna. Le Prophète ﷺ s'est levé pour la prière de la nuit. Il a fait ses ablutions à partir d'une outre suspendue, légèrement, puis il s'est mis à prier. Je me suis levé et j'ai fait comme lui, puis je me suis tenu à sa gauche. Il m'a pris par la main et m'a fait passer à sa droite. » (Bukhārī, Muslim). Cette nuit fonde la précision avec laquelle ʿAbdullāh transmettra les détails du tahajjud du Prophète ﷺ.
Un jour, ʿAbdullāh, encore enfant, présenta de l'eau au Prophète ﷺ pour ses ablutions. Le Prophète ﷺ, par gratitude, posa sa main sur lui et invoqua : « Allah, fais de lui un savant en religion (faqqih-hu fī d-dīn) et apprends-lui l'interprétation (wa ʿallim-hu t-taʾwīl) » (Bukhārī, Muslim). Cette invocation devint la racine de tout ce qui suivit. ʿAbdullāh assista au pèlerinage de l'adieu avec le Prophète ﷺ, à seulement treize ans, et en garda mille détails qu'il transmit ensuite aux tābiʿūn.
Après la mort du Prophète ﷺ, ʿAbdullāh n'a que treize ans. Il sait que sa connaissance directe du Messager d'Allah ﷺ est limitée. Il prend alors une décision rare : il refuse d'enseigner tant que les anciens Compagnons vivent. À la place, il devient l'élève systématique de chacun. Il interroge Zayd ibn Thābit sur le farāʾiḍ (les héritages) — au point de tenir la bride de son cheval comme un disciple à un maître, ce qui faisait protester Zayd : « Cousin du Prophète, ne fais pas cela ! » et ʿAbdullāh répondait : « C'est ainsi que nous traitons les savants. » Il interroge ʿUmar sur l'administration et le droit, ʿĀʾisha sur le foyer prophétique, Ubayy ibn Kaʿb sur le Coran. Quand un Compagnon mourait, on le voyait passer la nuit à la porte du successeur en attendant qu'il sorte, pour l'interroger sur un hadith. Cette discipline — humble et méthodique — fait de lui l'héritier de la science de toute la communauté.
ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, qui appréciait l'esprit pénétrant d'Ibn ʿAbbās, le faisait participer à sa shūrā avec les anciens combattants de Badr. Les vieux Compagnons protestèrent un jour : « Pourquoi fais-tu venir ce jeune avec nous, alors que nous avons des fils de son âge ? » ʿUmar répondit : « Vous savez bien qui il est. » Pour leur prouver, il les rassembla un jour et leur demanda d'expliquer la sourate an-Naṣr : ﴿إِذَا جَاءَ نَصْرُ اللَّهِ وَالْفَتْحُ﴾. Les anciens dirent : « C'est l'ordre de louer Allah quand vient la victoire. » ʿUmar interrogea Ibn ʿAbbās. Celui-ci répondit : « C'est l'annonce de la mort prochaine du Prophète ﷺ : Allah lui dit que sa mission étant accomplie, il doit se préparer à le rencontrer. » ʿUmar dit : « Je n'en sais que ce que tu en sais » (Bukhārī). Cet esprit lui valut le surnom de « jeune au cœur vieux ».
Sous ʿUthmān puis ʿAlī, Ibn ʿAbbās est nommé gouverneur de Baṣra. Pendant la fitna, il reste auprès d'ʿAlī comme conseiller — il participe au débat avec les Khārijites à Ḥarūrāʾ et en ramène plusieurs milliers à la communauté. À la mort d'ʿAlī, il se retire de la vie politique, mais en 60 H, quand al-Ḥusayn parle de partir pour Kūfa, c'est lui qui tente le plus instamment de l'en dissuader, comprenant le piège : « Ô fils de mon oncle, j'ai grand-peur que tu sois tué demain avec ta famille. » Al-Ḥusayn ne l'écoute pas. Karbalāʾ a lieu. Ibn ʿAbbās pleurera longtemps cette tragédie qu'il avait pressentie.
Retiré de la politique, Ibn ʿAbbās fait de Makka et de Ṭāʾif des centres d'enseignement. Il forme la grande école de tafsīr de Makka. Ses élèves sont la fine fleur des tābiʿūn : Mujāhid ibn Jabr, dont le tafsīr nous parvient ; ʿIkrima mawlā d'Ibn ʿAbbās ; ʿAṭāʾ ibn Abī Rabāḥ, le grand savant de la Mecque ; Saʿīd ibn Jubayr, plus tard martyr sous al-Ḥajjāj ; Ṭāwūs ibn Kaysān. À travers eux passera tout le tafsīr classique de Ṭabarī, Ibn Kathīr et les autres. Mujāhid disait : « J'ai présenté le Coran trois fois à Ibn ʿAbbās, m'arrêtant à chaque verset pour l'interroger. »
À la fin de sa vie, Ibn ʿAbbās perdit la vue. Il composa des vers où il se consolait par la science qui était demeurée :
« Si Allah a pris la lumière de mes yeux,
Ma langue, mon cœur ont gardé toute clarté ;
Mon esprit est intact, ma raison est sagace,
Et dans ma bouche un sabre qui tranche affilé. »
Il continuait à enseigner, parfois assis dans la mosquée, entouré de cercles d'élèves qui se relayaient pour boire de sa science.
Ibn ʿAbbās meurt à Ṭāʾif en 68 H (~687 G), à environ 70 ans. Au moment de son ensevelissement, on rapporte qu'un oiseau blanc fut vu entrer dans son linceul et n'en pas ressortir — interprété par les Compagnons et les tābiʿūn présents comme la science (ou son âme bénie) qui retournait vers Allah. Muḥammad ibn al-Ḥanafiyya, fils d'ʿAlī, conduisit la prière sur lui et dit après les funérailles : « Aujourd'hui est mort le rabbi (ḥabr) de cette Umma. » Sa tombe à Ṭāʾif est encore visitée. Il laisse un héritage de science qui imprègne encore tout l'islam.