ʿĀʾisha bint Abī Bakr · Aṣ-Ṣiddīqa · La savante · ~614 – 58 H
ʿĀʾisha bint Abī Bakr aṣ-Ṣiddīq, surnommée aṣ-Ṣiddīqa bint aṣ-Ṣiddīq (« la Véridique fille du Véridique »), est la fille du premier calife et la troisième épouse du Prophète ﷺ. Née à Makka environ quatre ans avant la Hijra, elle grandit dans la maison la plus tôt convertie de Quraysh — son père Abū Bakr, sa mère Umm Rūmān, ses sœurs Asmāʾ et Umm Kulthūm, son frère ʿAbd ar-Raḥmān (qui se convertirait plus tard). Elle fut la seule vierge qu'épousa le Prophète ﷺ ; il vit son visage en rêve avant le mariage, Jibrīl le lui présentant sur un drap de soie. Le mariage fut contracté à Makka en l'an 10 de la mission, après la mort de Khadīja, et consommé à Madīna en Shawwāl de l'an 1 H ou 2 H. Lors de l'incident de l'ifk (la calomnie) en l'an 5 H, Allah la disculpa du haut des sept cieux par les versets 11 à 26 de sourate an-Nūr. Le Prophète ﷺ mourut sur ses genoux et fut enterré dans sa chambre. Elle transmit 2 210 hadiths — au troisième rang après Abū Hurayra et Ibn ʿUmar —, devint l'autorité de référence du fiqh féminin et marital, et forma toute une génération de savants dont son neveu ʿUrwa ibn az-Zubayr, fondateur du tafsīr de Madīna. Elle mourut à 67 ans en 58 H et fut enterrée à al-Baqīʿ.
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« La supériorité de ʿĀʾisha sur les autres femmes est comme la supériorité du tharīd (plat de pain et viande) sur les autres mets. »
Source : Rapporté par al-Bukhārī (n°3770) et Muslim (n°2446) — d'après Anas ibn Mālik et Abū Mūsā al-Ashʿarī
ʿĀʾisha naquit à Makka environ quatre ans avant la Hijra, soit autour de 614 G, dans la maison d'Abū Bakr aṣ-Ṣiddīq. Son père s'était converti au tout début de la mission, parmi les premiers, et avait entraîné toute sa maison dans l'islam : sa femme Umm Rūmān, sa fille aînée Asmāʾ (mère du futur calife ʿAbdullāh ibn az-Zubayr et surnommée Dhāt an-Niṭāqayn), et bientôt sa cadette ʿĀʾisha. Seul son frère ʿAbd ar-Raḥmān, son demi-frère, restera idolâtre jusqu'à la conquête de Makka. ʿĀʾisha grandit donc dans une enfance imprégnée de l'islam, comme elle le dira plus tard : « Depuis que j'ai pu distinguer mes parents, je les ai trouvés pratiquant la religion d'Allah et de Son messager. »
Les Banū Taym ibn Murra sont une branche de Quraysh de réputation moyenne — ni les plus puissants ni les plus humbles —, mais ʿĀʾisha hérita d'une lignée maternelle prestigieuse à travers Umm Rūmān, qui appartenait aux Banū Kināna, tribu noble du Ḥijāz. Cette double noblesse — paternelle qurayshite et maternelle kinānite — combinée à une intelligence vive et à une mémoire prodigieuse, prépara la femme qui deviendrait l'une des trois grandes voix de la transmission prophétique.
Après la mort de Khadīja, le Prophète ﷺ raconta à ʿĀʾisha bien plus tard (Bukhārī n°3895, Muslim n°2438) : « On m'a montré ton image deux fois en rêve. Je voyais un ange te porter dans un drap de soie et il disait : "C'est ton épouse." Je découvrais et c'était toi. Je disais : "Si cela vient d'Allah, qu'Il l'accomplisse." » C'est Khawla bint Ḥakīm, l'épouse d'ʿUthmān ibn Maẓʿūn, qui suggéra le double mariage — Sawda bint Zamʿa (veuve, plus âgée) et ʿĀʾisha (jeune). Le Prophète ﷺ envoya demander la main de ʿĀʾisha à Abū Bakr, qui hésita d'abord — sa parole était à demi engagée auprès de Muṭʿim ibn ʿAdiyy pour son fils Jubayr — mais après que ce projet fût rompu, le mariage fut contracté à Makka en l'an 10 de la mission.
Après la Hijra, ʿĀʾisha tomba malade — sa fièvre lui fit même perdre ses cheveux. Quand elle se rétablit, sa mère vint la chercher pendant qu'elle jouait à la balançoire avec ses amies, l'emmena, lui lava les cheveux et la conduisit à la maison du Prophète ﷺ en Shawwāl. Le mariage fut consommé. ʿĀʾisha gardera de cela une affection particulière pour le mois de Shawwāl, qu'elle recommandera comme « mois du mariage » contre la superstition pré-islamique qui le tenait pour défavorable. Elle apporta avec elle ses jouets — des poupées de tissu — que le Prophète ﷺ, par tendresse, autorisa : « Quelle est cette petite chose ailée ? — Un cheval. — Un cheval avec des ailes ? — Salomon n'avait-il pas des chevaux ailés ? » dit-elle, et il sourit (Abū Dāwūd n°4932).
En l'an 5 H, après l'expédition contre les Banū Muṣṭaliq (al-Muraysīʿ), ʿĀʾisha — qui accompagnait l'armée par tirage au sort — sortit pour un besoin avant le départ et perdit son collier d'agate du Yémen. Elle revint le chercher ; pendant ce temps les porteurs, croyant la litière toujours occupée, levèrent le palanquin sur le chameau. À son retour, le campement était vide. Elle s'enveloppa dans son voile et attendit. Ṣafwān ibn al-Muʿaṭṭal as-Sulamī, traînard de l'arrière-garde, la trouva, la fit monter sur sa chamelle et l'amena à Madīna en marchant devant. ʿAbdullāh ibn Ubayy, le chef des hypocrites, saisit l'occasion pour lancer une calomnie ignoble. La rumeur se répandit, alimentée par Ḥassān ibn Thābit (qui se rétractera), Misṭaḥ ibn Uthātha, et Ḥamna bint Jaḥsh.
ʿĀʾisha tomba malade en rentrant ; elle ignorait tout de la rumeur. Quand sa mère le lui apprit, elle pleura un mois entier sans dormir, sans manger. Ses parents pleuraient à ses côtés. Le Prophète ﷺ, ne recevant aucune révélation, hésitait. Il consulta ʿAlī (qui dit : « Allah ne t'a pas restreint et il y a beaucoup de femmes » — pour suggérer une enquête plus poussée) et Usāma (qui dit : « Nous ne savons d'elle que du bien »). Quand le Prophète ﷺ vint la voir et l'invita au repentir s'il y avait quelque chose, ʿĀʾisha répondit la phrase qu'elle attribua à Yaʿqūb (Yūsuf 18) : « فَصَبْرٌ جَمِيلٌ ۖ وَاللَّهُ الْمُسْتَعَانُ » — « Patience est belle ; et Allah est Celui dont l'aide est implorée. »
Avant que le Prophète ﷺ ne quitte la pièce, la révélation descendit. Allah disculpa ʿĀʾisha par seize versets de sourate an-Nūr (24 : 11-26), dont :
﴿إِنَّ الَّذِينَ جَاءُوا بِالْإِفْكِ عُصْبَةٌ مِّنكُمْ ۚ لَا تَحْسَبُوهُ شَرًّا لَّكُم ۖ بَلْ هُوَ خَيْرٌ لَّكُمْ﴾
« Ceux qui ont apporté la calomnie sont une bande d'entre vous. Ne le considérez pas comme un mal pour vous : c'est au contraire un bien pour vous. » (an-Nūr 24:11)
Sa mère lui dit : « Lève-toi vers lui. » Elle répondit, dans toute la fierté de la jeune fille pure : « Par Allah, je ne me lèverai pas vers lui ; je ne loue qu'Allah. » (Bukhārī n°4750, Muslim n°2770). Les calomniateurs furent fouettés selon le ḥadd. ʿĀʾisha pardonna plus tard à Misṭaḥ, son cousin éloigné, sur révélation du verset 22.
Pendant la maladie finale, le Prophète ﷺ demanda la permission à ses autres épouses d'être soigné dans la chambre de ʿĀʾisha — elles consentirent. Le lundi 12 Rabīʿ al-Awwal 11 H, la tête sur les genoux de ʿĀʾisha, le Prophète ﷺ dit ses dernières paroles : « Avec les compagnons les plus élevés au Paradis... » (Bukhārī n°4438). Elle dira plus tard : « C'est de la grâce d'Allah envers moi qu'il soit mort dans ma maison, dans mon jour, et entre ma poitrine et mon cou — et qu'Allah ait mêlé sa salive à la mienne au moment de sa mort. » (Bukhārī n°4451). Il fut enterré à l'endroit même de sa mort, dans sa chambre — d'où la rawḍa aujourd'hui dans la mosquée de Madīna.
Devenue veuve à dix-huit ans, ʿĀʾisha consacra le reste de sa vie à l'enseignement. Elle transmit 2 210 hadiths selon le décompte de Baqī ibn Makhlad, ce qui la place au troisième rang après Abū Hurayra (5 374) et Ibn ʿUmar (2 630). Sa science portait surtout sur :
Les Compagnons venaient l'interroger sur ce qui leur restait obscur. Abū Mūsā al-Ashʿarī disait : « Jamais nous, les Compagnons du Prophète ﷺ, n'avons posé une question difficile à ʿĀʾisha sans qu'elle eût là une science. » (Tirmidhī n°3883). Elle corrigea publiquement Ibn ʿUmar sur le fait que les morts entendent (en s'appuyant sur le verset de Fāṭir 22), et reprit Abū Hurayra sur certains points de fiqh. Ses neveux ʿUrwa ibn az-Zubayr (fils d'Asmāʾ) et al-Qāsim ibn Muḥammad ibn Abī Bakr furent ses élèves directs et fondèrent à Madīna l'école de jurisprudence dont sortira plus tard l'imam Mālik.
En l'an 36 H, après l'assassinat d'ʿUthmān, ʿĀʾisha — accompagnée de Ṭalḥa et az-Zubayr — partit à Baṣra pour appeler à la qiṣāṣ contre les meurtriers d'ʿUthmān, ce qui aboutit à un affrontement avec ʿAlī ibn Abī Ṭālib. La bataille fut nommée Jamel (« le chameau ») en raison du chameau de ʿĀʾisha autour duquel tourna le combat. À la fin, ʿAlī fit ramener ʿĀʾisha à Madīna avec les honneurs, escortée par son frère Muḥammad ibn Abī Bakr. ʿĀʾisha confessa par la suite : « Je voudrais avoir été un objet oublié et n'avoir jamais marché ce jour-là. » Quand elle citait par la suite le verset ﴿وَقَرْنَ فِي بُيُوتِكُنَّ﴾ (al-Aḥzāb 33), ses larmes mouillaient son voile, regrettant sa sortie.
Pendant les vingt-deux dernières années de sa vie, sous Muʿāwiya, ʿĀʾisha resta à Madīna, n'enseignant plus que de derrière un voile. Elle mourut la nuit du 17 Ramaḍān 58 H (juillet 678) à l'âge de soixante-sept ans. Elle avait demandé à être enterrée auprès des femmes du Prophète ﷺ à al-Baqīʿ et non dans sa chambre — par humilité après l'épisode du Jamel. Son neveu ʿAbdullāh ibn az-Zubayr descendit dans sa tombe avec d'autres. La prière fut dirigée par Abū Hurayra, alors gouverneur de Madīna par intérim. Toute Madīna pleura — et Madīna n'avait pas pleuré ainsi depuis longtemps.