Saʿd ibn Abī Waqqāṣ · Conquérant d'al-Qādisiyya · Promis au Paradis
Saʿd ibn Abī Waqqāṣ — de son nom complet Saʿd ibn Mālik az-Zuhrī — est l'oncle maternel du Prophète ﷺ par les Banū Zuhra, la tribu d'Āmina. Converti à dix-sept ans, il fut le premier homme à tirer une flèche pour la cause de l'islam, et l'un des dix Promis au Paradis. Le Prophète ﷺ lui dit à Uḥud, à propos de personne d'autre : « Tire, Saʿd ! Mes père et mère pour toi ! » Sa mère essaya de l'arracher à l'islam par une grève de la faim — Allah révéla à son sujet les versets de Luqmān (14-15). Quarante-cinq ans plus tard, à la tête de l'armée du calife ʿUmar, il infligea aux Perses la défaite décisive d'al-Qādisiyya (15 H), brisant l'empire sassanide et fondant la ville de Kūfa. Il fut le dernier des dix Promis à mourir, retiré dans son domaine d'al-ʿAqīq, refusant la fitna.
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Le Prophète ﷺ dit à Saʿd, le jour de Uḥud : « Tire, Saʿd ! Mes père et mère pour toi ! »
Source : Rapporté par al-Bukhārī (n°3725, 4055) et Muslim (n°2411) — d'après ʿAlī ibn Abī Ṭālib
Saʿd ibn Mālik ibn Uhayb az-Zuhrī appartient aux Banū Zuhra ibn Kilāb, la tribu de Quraysh dont est issue Āmina bint Wahb, la mère du Prophète ﷺ. À ce titre, le Prophète ﷺ le considérait comme son khāl (oncle maternel) tribal. Un jour, voyant Saʿd s'approcher, il dit en présence de ses Compagnons : « Voici mon oncle ! Qu'un homme me montre le sien ! » (Tirmidhī, Ibn Mājah). Cette parenté double — tribale et fraternelle dans la foi — caractérisera toute sa relation avec le Messager ﷺ.
Avant même l'islam, Saʿd s'était distingué comme l'un des meilleurs cavaliers et archers de Makka. Il fabriquait lui-même des flèches et des arcs avec une dextérité rare, et son tir était d'une précision proverbiale. Cette compétence — qui dans la jāhiliyya était simplement une affaire de prestige tribal — deviendra, avec l'islam, un instrument que le Prophète ﷺ lui-même louera à plusieurs reprises. Saʿd lui-même rapportera ce hadith où le Messager ﷺ recommanda : « Apprenez à vos enfants la natation, le tir à l'arc et l'équitation. »
Saʿd embrasse l'islam à l'âge de dix-sept ans. Il rapporte lui-même : « Je faisais partie des trois premiers à embrasser l'islam, et je suis resté un septième de l'islam pendant un certain temps » (Bukhārī, n°3727) — c'est-à-dire qu'il était le sixième ou septième converti, à un moment où l'islam ne comptait qu'une poignée de croyants. Il fait partie des cinq convertis par Abū Bakr, avec ʿUthmān, Ṭalḥa, az-Zubayr et ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf — tous Promis au Paradis.
Sa mère, Ḥamna bint Sufyān, fut bouleversée d'apprendre la conversion de son fils. Voyant qu'aucune menace ne fonctionnait, elle décréta : « Si tu n'apostasies pas, je ne mangerai ni ne boirai jusqu'à mourir, et tu seras connu pour le restant de ta vie comme "le tueur de sa mère" ! » Elle resta plusieurs jours sans manger. On la suppliait, mais elle persistait. Saʿd vint la voir et lui dit : « Mère, par Allah, si tu avais cent âmes et qu'elles sortaient l'une après l'autre, je n'abandonnerais pas ma religion pour rien au monde. Mange si tu veux, ou ne mange pas. » Elle finit par renoncer. C'est à ce sujet qu'Allah révéla : ﴿وَوَصَّيْنَا الْإِنسَانَ بِوَالِدَيْهِ... وَإِن جَاهَدَاكَ عَلَىٰ أَن تُشْرِكَ بِي مَا لَيْسَ لَكَ بِهِ عِلْمٌ فَلَا تُطِعْهُمَا وَصَاحِبْهُمَا فِي الدُّنْيَا مَعْرُوفًا﴾ (« Et Nous avons enjoint à l'homme la bienfaisance envers ses parents... Mais s'ils te forcent à M'associer ce dont tu n'as aucune connaissance, ne leur obéis pas. Et accompagne-les dans la vie ici-bas avec convenance », Luqmān 14-15) — verset cardinal du fiqh sur l'obéissance aux parents.
Avant la bataille de Badr, le Prophète ﷺ envoya plusieurs petites expéditions de reconnaissance. Lors de la sariyya de ʿUbayda ibn al-Ḥārith vers Rābigh (sur la mer Rouge, près de Thaniyyat al-Marr), un détachement musulman se trouva face à une troupe d'éclaireurs de Quraysh. Aucun combat de masse ne s'engagea, mais Saʿd ibn Abī Waqqāṣ saisit son arc, banda la corde et tira une flèche : la première flèche jamais tirée pour la cause de l'Islam. Ce fait est rappelé par Ibn Hishām, al-Mubārakpūrī, et toutes les sources de la sira. Saʿd lui-même disait avec fierté : « Et c'est moi qui ai tiré la première flèche pour l'islam. »
À Badr, Saʿd combat aux côtés du Prophète ﷺ et y perd son frère ʿUmayr ibn Abī Waqqāṣ — l'un des plus jeunes martyrs. À Uḥud, il vit l'un des moments les plus glorieux de sa vie : ʿAlī ibn Abī Ṭālib rapporte (Bukhārī n°3725) que le Prophète ﷺ tendit à Saʿd, ce jour-là, son carquois et ses flèches en lui criant : « ارْمِ سَعْدُ، فِدَاكَ أَبِي وَأُمِّي » — « Tire, Saʿd ! Mes père et mère pour toi ! » ʿAlī ajoute : « Je n'ai jamais entendu le Prophète ﷺ joindre son père et sa mère pour personne d'autre que pour Saʿd ce jour-là. » C'est un privilège quasi-unique dans toute la Sira.
Le Prophète ﷺ invoqua un jour pour Saʿd : « Ô Allah, exauce ses invocations » (Tirmidhī, n°3751). De fait, l'histoire montre que les duʿāʾ de Saʿd étaient généralement exaucés. Un jour à Kūfa, un homme calomnia ʿAlī devant lui ; Saʿd le mit en garde, mais l'homme persista. Saʿd dit alors : « Ô Allah, si cet homme T'a désobéi, fais-en un signe pour les gens. » À peine eut-il fini que l'homme fut renversé par un chameau et tué.
En 15 H, le calife ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb nomma Saʿd à la tête de l'armée chargée de faire face à l'empire sassanide. Saʿd marcha vers l'Iraq, et rencontra les forces perses commandées par Rustum à al-Qādisiyya, près de Kūfa. La bataille dura quatre jours (les jours dits d'Armāth, Aghwāth, ʿUmās, et la nuit d'al-Harīr). Saʿd, malade, dirigea l'armée depuis le toit du palais de Qudays, transmettant ses ordres par messagers. Le quatrième jour, Rustum fut tué, l'armée perse s'effondra, et le drapeau royal sassanide — Dirafsh-e Kāwiyānī — tomba aux mains des musulmans. La voie de Ctésiphon (al-Madāʾin) était ouverte.
Saʿd entra dans Ctésiphon, la capitale impériale, et y accomplit la prière dans le palais des Khosrow — l'Īwān Kisrā. Il y récita la sourate Ṣād, et la prière fut ṣalāt al-fatḥ, prière de la conquête. Il y trouva des trésors immenses qu'il fit envoyer à ʿUmar à Madīna. Sur l'ordre du calife, il fonda ensuite la ville de Kūfa (17 H) comme garnison militaire, l'organisant par tribus et y établissant la première grande mosquée de l'Iraq. Il en fut le premier gouverneur.
À sa mort, ʿUmar le désigna parmi les six membres du conseil de la shūrā. ʿUmar dit de lui : « Si je l'avais nommé, j'aurais été dans mon droit ; et si je ne le nomme pas, ce n'est pas que je doute de lui. » Plus tard, quand la fitna éclata après l'assassinat de ʿUthmān, Saʿd refusa de prendre les armes — ni avec ʿAlī, ni avec Muʿāwiya. Il se retira dans son domaine d'al-ʿAqīq, à quelques kilomètres de Madīna, et y vécut le reste de ses jours dans la prière et la piété. Il disait à ses fils : « Ne me parlez pas de ce qui se passe entre les gens, jusqu'à ce que la communauté se mette d'accord sur un imām. »
Il mourut à al-ʿAqīq en 55 H, à environ 80 ans. Il fut le dernier survivant des dix Promis au Paradis. Son corps fut transporté à Madīna, et il fut enterré à al-Baqīʿ. On dit qu'au moment de sa mort, il fit demander qu'on l'enveloppe dans le manteau de laine qu'il avait porté à Badr — qu'il avait conservé toute sa vie comme témoin du jour où Allah avait soutenu les croyants peu nombreux. Son fils ʿĀmir et son neveu Hāshim deviendront des figures éminentes ; son arrière-petit-fils sera Ibrāhīm ibn Saʿd, traditionniste de Madīna.