Abū l-Ḥasan · 4ᵉ calife · ~600 – 40 H / 661
ʿAlī ibn Abī Ṭālib, cousin paternel du Prophète ﷺ, son gendre par Fāṭima et son frère par fraternisation, fut élevé dans la maison prophétique dès l'âge de cinq ans. Premier enfant à embrasser l'Islam à huit ou dix ans, il dort dans le lit du Prophète ﷺ la nuit de l'Hijra, restitue les dépôts confiés à al-Amīn, porte l'étendard à Khaybar, épouse Fāṭima, devient le quatrième calife après l'assassinat de ʿUthmān, et tombe à son tour sous le coup de l'épée empoisonnée d'Ibn Muljam à la mosquée de Kūfa. Sa science, son courage et son éloquence en ont fait l'une des figures les plus rayonnantes de l'Islam.
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Le Prophète ﷺ a dit à ʿAlī avant de partir pour Tabūk : « Tu es par rapport à moi comme Hārūn par rapport à Mūsā — sauf qu'il n'y aura pas de prophète après moi. »
Source : al-Bukhārī (n°4416) et Muslim (n°2404), d'après Saʿd ibn Abī Waqqāṣ — expédition de Tabūk, an 9 H
Nom complet : ʿAlī ibn Abī Ṭālib ibn ʿAbd al-Muṭṭalib ibn Hāshim — cousin paternel direct du Prophète ﷺ par leurs pères, fils de l'oncle protecteur Abū Ṭālib. Kunya : Abū l-Ḥasan ; le Prophète ﷺ l'appelait aussi Abū Turāb — « père de la poussière » — d'un jour où il l'avait trouvé endormi dans la mosquée poussiéreuse. Surnoms : Ḥaydar (le lion) — sa mère Fāṭima bint Asad lui donna ce nom à la naissance ; le Prophète ﷺ choisit ʿAlī. Naissance : environ dix ans avant la prophétie, à l'intérieur de la Kaʿba selon plusieurs récits. Éducation : élevé dès cinq ans dans la maison du Prophète ﷺ après une grande sécheresse à Makka, lors de laquelle Muḥammad ﷺ et al-ʿAbbās prirent en charge les enfants d'Abū Ṭālib pour soulager leur oncle. Caractère : sage, savant, brave, ascète, éloquent. Décès : 21 Ramaḍān 40 H (janvier 661), à environ 60 ans, assassiné dans la mosquée de Kūfa par ʿAbd ar-Raḥmān ibn Muljam. Lieu de sépulture traditionnel : Najaf.
ʿAlī naquit à Makka, fils d'Abū Ṭālib et de Fāṭima bint Asad, dans une famille des Banū Hāshim. Quand une grande sécheresse frappa Makka et que la famille d'Abū Ṭālib se trouva dans la gêne, le Prophète ﷺ — qui avait été lui-même élevé par cet oncle après la mort de ʿAbd al-Muṭṭalib — proposa à al-ʿAbbās d'alléger la charge de leur oncle en prenant chacun un de ses enfants. Le Prophète ﷺ prit ʿAlī, alors âgé d'environ cinq ans, et al-ʿAbbās prit Jaʿfar. ʿAlī grandit donc dans la maison du Prophète ﷺ et de Khadīja, témoin direct de la pureté, de la prière et de la spiritualité de son cousin.
ʿAlī témoignera plus tard, fier : « Par Allah, je n'ai jamais prosterné devant une idole, et je n'ai jamais bu de vin. » Cette préservation extraordinaire dans une Makka idolâtre tient à ce qu'il a été éduqué entièrement par le Prophète ﷺ avant même la révélation. Il vit le Prophète ﷺ et Khadīja prier en cachette dès les premiers jours et leur demanda : « Quelle est cette religion que vous pratiquez ? » Le Prophète ﷺ répondit : « C'est la religion d'Allah qu'Il a choisie pour Lui-même et avec laquelle Il a envoyé Ses messagers. »
Quand le Prophète ﷺ lui exposa la nouvelle religion, ʿAlī répondit d'abord : « Laisse-moi en parler à mon père Abū Ṭālib. » Il passa la nuit à réfléchir, puis dit le lendemain : « Allah m'a créé sans demander à Abū Ṭālib son avis ; pourquoi devrais-je donc demander son avis pour adorer Allah ? » Il prononça la shahāda. Il avait alors entre huit et dix ans, ce qui en fait le premier enfant à embrasser l'Islam, après Khadīja parmi les femmes et avant Abū Bakr parmi les hommes libres adultes.
Quand Allah révéla ﴿وَأَنْذِرْ عَشِيرَتَكَ الْأَقْرَبِينَ﴾ — « Avertis les plus proches de ton clan » (ash-Shuʿarāʾ 26, v. 214) — le Prophète ﷺ rassembla les Banū Hāshim et Banū al-Muṭṭalib, environ quarante hommes, et leur servit un repas. À la fin, il leur exposa l'Islam et dit : « Qui parmi vous me secondera dans cette affaire, pour qu'il soit mon frère, mon successeur et mon vicaire parmi vous ? » Tous se turent. Seul ʿAlī, jeune adolescent, se leva et dit : « Moi, ô Messager d'Allah, je te seconderai ! » Le Prophète ﷺ lui dit : « Assieds-toi. » Il répéta sa question deux ou trois fois ; chaque fois, seul ʿAlī se leva. Le Prophète ﷺ posa alors sa main sur son cou et dit : « Voici mon frère, mon successeur et mon vicaire parmi vous, écoutez-le et obéissez-lui. » Les oncles rirent et dirent à Abū Ṭālib : « Il t'ordonne d'écouter ton fils et de lui obéir ! »
La nuit où Quraysh décida d'assassiner le Prophète ﷺ, choisissant un homme par tribu pour disperser le sang, le Prophète ﷺ ordonna à ʿAlī de dormir dans son propre lit, enveloppé dans son manteau vert du Ḥaḍramawt. Lorsque les assassins regardèrent par la fenêtre, ils crurent voir le Prophète ﷺ endormi. Au matin, ils se précipitèrent et trouvèrent ʿAlī à sa place. ʿAlī resta ensuite à Makka trois jours pour restituer les dépôts que les Quraychites — ennemis de l'Islam — confiaient pourtant à al-Amīn, le digne de confiance. Puis il émigra à pied à Madīna, marchant la nuit, se cachant le jour, jusqu'à arriver les pieds en sang à Qubāʾ.
Après la victoire de Badr (2 H), le Prophète ﷺ donna en mariage sa fille préférée Fāṭima az-Zahrāʾ à ʿAlī. La dot fut une cotte de mailles vendue pour environ 480 dirhams. De ce mariage naquirent al-Ḥasan, al-Ḥusayn, Zaynab et Umm Kulthūm — toute la descendance survivante du Prophète ﷺ provient de Fāṭima et ʿAlī. ʿAlī participa à toutes les batailles sauf Tabūk : Badr, Uḥud, Khandaq où il tua en duel le célèbre champion ʿAmr ibn ʿAbd Wudd, Banū Qurayẓa, Khaybar, Mecque, Ḥunayn.
À Khaybar (7 H), forteresse juive réputée imprenable, le siège durait. Le Prophète ﷺ déclara : « Je donnerai demain cet étendard à un homme qu'Allah et Son Messager aiment, et qui aime Allah et Son Messager — Allah donnera la victoire par sa main. » Cette nuit-là, chacun espéra l'honneur. Au matin, le Prophète ﷺ demanda : « Où est ʿAlī ? » On répondit qu'il avait mal aux yeux. Il le fit appeler, lui cracha dans les yeux et invoqua pour lui ; ʿAlī fut guéri instantanément, prit l'étendard et conquit la forteresse, arrachant à un certain moment la porte de Khaybar pour s'en faire un bouclier.
À Tabūk (9 H), le Prophète ﷺ laissa ʿAlī à la tête de Madīna. ʿAlī, blessé, dit : « Tu me laisses avec les femmes et les enfants ? » Le Prophète ﷺ répondit la parole célèbre : « Ne te plaît-il pas d'être par rapport à moi ce que Hārūn était par rapport à Mūsā — sauf qu'il n'y aura pas de prophète après moi ? » (al-Bukhārī, Muslim).
Après le meurtre de ʿUthmān, les Compagnons de Madīna et les troupes venues de Kūfa, Baṣra et Égypte vinrent supplier ʿAlī d'accepter le califat. Il refusa d'abord, puis céda en disant : « Acceptez-moi comme conseiller, c'est mieux pour moi que comme calife. » Il reçut l'allégeance dans la mosquée du Prophète ﷺ. Mais le climat était empoisonné par la demande de châtier les meurtriers de ʿUthmān, demande qu'il jugea impossible à satisfaire dans l'immédiat tant les rebelles étaient mêlés aux troupes.
ʿĀʾisha — mère des croyants — accompagnée de Ṭalḥa et az-Zubayr, marcha sur Baṣra exigeant la vengeance du sang de ʿUthmān. ʿAlī parvint avec eux à un accord la veille de la bataille, mais des agitateurs déclenchèrent les hostilités au matin. Ce fut la première bataille entre musulmans à grande échelle. Ṭalḥa y mourut tué par Marwān ibn al-Ḥakam, et az-Zubayr, qui s'était retiré, fut tué traîtreusement. ʿAlī fit ramener ʿĀʾisha à Madīna avec respect, escortée par son frère ; elle dira plus tard regretter la sortie.
L'année suivante, en Ṣafar 37 H, ʿAlī affronta le gouverneur de Shām Muʿāwiya ibn Abī Sufyān à Ṣiffīn sur les bords de l'Euphrate. La bataille dura plusieurs jours et fit des dizaines de milliers de morts. Quand l'armée de Muʿāwiya, sur conseil de ʿAmr ibn al-ʿĀṣ, leva les muṣḥaf au bout de leurs lances en demandant l'arbitrage du Coran, ʿAlī accepta — ce qui scinda son armée. Un groupe d'environ 12 000 hommes, mécontents de l'arbitrage, sortit (kharaja) et formèrent les Khārijites. ʿAlī les combattit à Nahrawān (38 H) et les vainquit.
Trois Khārijites jurèrent de tuer simultanément ʿAlī, Muʿāwiya et ʿAmr ibn al-ʿĀṣ. Seul ʿAbd ar-Raḥmān ibn Muljam al-Murādī réussit. Le 19 ou 17 Ramaḍān 40 H, alors que ʿAlī sortait pour appeler à la prière du fajr à la mosquée de Kūfa, Ibn Muljam le frappa à la tête d'une épée empoisonnée en criant : « Le jugement n'appartient qu'à Allah, ô ʿAlī, pas à toi ni à tes compagnons ! » ʿAlī survécut deux jours. Il recommanda à ses fils al-Ḥasan et al-Ḥusayn la crainte d'Allah, la charité, la prière, et la modération du châtiment d'Ibn Muljam : « Si je vis, je verrai ; si je meurs, qu'on ne lui inflige qu'un seul coup d'épée. » Il mourut dans la nuit du 21 Ramaḍān 40 H, à environ 60 ans. Al-Ḥasan reçut l'allégeance et la transféra ensuite à Muʿāwiya pour préserver le sang musulman.